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"Plier, c'est envoyer un mauvais signal": à Strasbourg, une paroisse protestante libérale et inclusive refuse de céder face à "l'obscurantisme" et aux menaces de mort visant son pasteur après un spectacle mêlant musique sacrée et pole dance dans son église.
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A l'orée du quartier étudiant de la Krutenau, dans le centre de Strasbourg, une élégante et discrète petite église gothique à la façade blanche et au clocher asymétrique : Saint-Guillaume, dédiée au culte luthérien.
En pleine répétition, le circassien peaufine sa prestation dans "La Serva Padrona", un opéra de Pergolèse donné de mercredi à vendredi avec l'orchestre Les Ornements, dans cet édifice paroissial connu pour son dynamisme culturel, entre programmation classique et choix audacieux.
Mais depuis quelques semaines, Saint-Guillaume est au coeur d'une polémique, justement après avoir accueilli fin mars un spectacle mêlant déjà du pole dance au "Stabat Mater" de Pergolèse. Vincent Grobelny y interprétait le Christ.
Selon ses organisateurs, il s'agissait de la première incursion dans une église en France de pole dance, discipline parfois perçue comme sexy voire érotique, mais aussi physiquement et artistiquement très exigeante.
Avec un millier de personnes sur deux jours, le spectacle avait remporté un vif succès : "on a refusé du monde", glisse Cyril Pallaud, organiste de Saint-Guillaume et directeur musical et artistique de Passions Croisées, l'association à l'origine de ces représentations.
- "Travelos d'Hercule" -
Un succès populaire qui a aussi valu à Daniel Boessenbacher, pasteur de la paroisse, des menaces de mort : deux lettres anonymes glissées sous la porte de l'église, l'une appelant à ce "qu'on lui coupe la tête" pour avoir "donné la clé de notre sainte église à ce serpent qui fait la danse", explique-t-il.
Des tracts du spectacle portant l'inscription "à mort" ont aussi été retrouvés dans l'église, poussant M. Boessenbacher, également qualifié "d'antéchrist" dans un mail, à déposer plainte.
La programmation culturelle de Saint-Guillaume avait déjà fait tousser quelques paroissiens, comme l'an dernier, lorsque l'église avait accueilli "Les 12 travelos d'Hercule", un cabaret de drag-queens.
Ou encore quand le classique du cinéma d'épouvante "L'Exorciste" de William Friedkin y avait été projeté en 2018 dans le cadre du Festival européen du Film Fantastique de Strasbourg.
Des choix détonants qui ont pu choquer dans cette paroisse de quelques centaines de fidèles : "certains sont partis", concède M. Boessenbacher.
Mais s'il conçoit "tout à fait" que l'on ne soit pas d'accord avec ces choix de programmation, il interroge : "au nom de quoi ça ne se ferait pas dans une église, qui n'est pas sacralisée dans le protestantisme?"
Elle "doit s'ouvrir à des choses différentes, peut-être pour dépasser l'image" de "quelque chose de fermé", de "vieillot", estime le pasteur de cette paroisse également en pointe sur l'inclusivité.
Les mariages civils de personnes de même sexe y sont bénis (dans le protestantisme, le mariage n'est pas un sacrement), une pratique rendue possible en 2019 par l'Union des églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL).
Elle accueille également depuis plusieurs années une antenne inclusive qui oeuvre pour l'ouverture de l'Eglise aux personnes LGBT+. Pionnière, elle a servi de modèle à des paroisses à Genève et à Paris.
Passés la surprise et le choc des menaces, la question du maintien de futures représentations a été évacuée "en une minute. Il fallait évidemment continuer", tranche M. Pallaud.
- Service d'ordre -
"Cela nous force à continuer" pour "montrer que l'art est là pour faire réfléchir", poursuit-il, déplorant un certain "obscurantisme toujours présent aujourd'hui".
Un service d'ordre et de sécurité a ainsi été prévu pour les spectacles de cette semaine.
"Ca aurait été un très mauvais signal envoyé" que de "plier face aux menaces", abonde Daniel Boessenbacher, alors qu'ailleurs en France, des manifestations dans des églises ont été annulées à la suite de pressions.
A Metz début avril, Bilal Hassani, porte-drapeau revendiqué de la communauté LGBT+, a dû renoncer à se produire dans une église désacralisée après un déferlement de haine sur les réseaux sociaux.
"Il y aura toujours des extrêmes", lâche, fataliste, Vincent Grobelny. Mais "il faut les combattre" et, surtout, "passer au-dessus".
En 2021, la France comptait un peu plus de deux millions de protestants, majoritairement évangéliques, selon le sociologue des religions Sébastien Fath. En Alsace-Moselle, ils sont 250.000, luthériens et réformés, selon l'UEPAL.