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Trois jours après le puissant séisme qui a frappé le Maroc, des villageois des zones montagneuses de l'Haut-Atlas sont livrés à eux-mêmes, démunis face à l'ampleur des destructions et une aide qui tarde à arriver.
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A Moulay Brahim, une localité située à plus d'une heure au sud de la cité touristique de Marrakech, une vingtaine d'habitants sont morts, dont plusieurs enfants, et de nombreuses maisons sont désormais inhabitables.
Dans l'un des quartiers les plus touchés, plus de 450 habitations ont été totalement ou partiellement détruites, affirme Mohammed Bouaziz, membre d’une association locale qui tente, seule, de subvenir aux besoins de plus de 600 sans-abris.
"Nous avons reçu des aides (..) mais elles sont insuffisantes", déplore cet habitant du village, âgé de 29 ans.
Avec le soutien des autorités locales et de quelques donateurs de la région, son association a installé neufs camps de fortune, où s’entassent femmes et enfants tandis que les hommes s'emploient à déblayer les gravats à mains nues.
- "Délaissés" -
Vendredi soir, le séisme le plus meurtrier dans le royaume depuis plus de soixante ans a fait près de 2.900 morts et dévasté des villages entiers de maisons en terre ou en argile dans les provinces d'Al-Haouz, dont fait partie Moulay Brahim, ainsi que celle du Taroudant.
Dans cette province, le village reculé de Missirat, qui compte une centaine d'habitants, a enterré 16 des siens. La bourgade, nichée en haut de la montagne à plus de 300 kilomètres de Marrakech, survit grâce aux aides privées mais se sent abandonnée par les autorités.
"L'Etat n'est pas venu, nous n'avons vu personne. Après le séisme, ils sont venus pour compter le nombre de victimes. Depuis, il ne reste plus un seul d'entre eux. Pas de protection civile, pas de force d'assistance. Personne n'est là avec nous", s'insurge Mohamed Aitlkyd, un habitant de Missirat.
"Nous nous sentons délaissés ici (...) Nos maisons se sont effondrées, et nous n'avons plus de refuge. Où vont habiter toutes ces personnes?", abonde l'une de ses voisines, Khadija Aitlkyd.
Aucune réaction officielle n'a pu être obtenue au sujet des griefs exprimés par les habitants de Missirat.
Le ministère de l’Intérieur a toutefois affirmé dans un communiqué lundi après-midi que "les autorités publiques poursuivent leurs efforts afin de secourir, évacuer et prendre en charge les blessés, et mobilisent l’ensemble des moyens nécessaires".
Mais elles font face, notamment, aux difficultés d'accéder à des villages isolés dans les montagnes, et à des chutes de pierres ou érosions de sol ayant coupé les routes. Selon des images de la chaîne publique 2M, les forces armées ont pu rouvrir lundi matin la route menant à la commune d'Amerzgane tout près de l’épicentre du séisme, mais 25 autres villages étaient encore enclavés.
- "Tout le monde est pauvre" -
A Moulay Brahim, en tout cas, rares sont ceux qui espèrent retrouver bientôt un toit.
"Tout le monde est pauvre ici", explique Mohammed Bouaziz. Selon lui, la plupart des habitants de la localité sont employés à la journée dans des chantiers de construction, et n'auront pas les moyens de reconstruire leurs logements avant des années.
C'est le cas de Thami Baddi, un homme de 34 ans qui affirme avoir économisé pendant 15 ans pour pouvoir bâtir sa maison. "Tout est parti", dit-il sans pouvoir retenir ses larmes.
Il se sait très chanceux d'avoir retrouvé sa femme, enceinte au 9e mois, et ses deux enfants en vie sous les décombres, après avoir accouru chez lui vendredi soir. "Lorsque j’ai vu l'état de la maison, j'ai pensé qu'aucun d’entre eux ne sortirait vivant".
Sa femme a accouché samedi soir dans un dispensaire de la région mais l'établissement, qui n'a que trois lits, lui impose désormais de la sortir, et cette perspective le terrorise. "Comment je vais faire avec un nourrisson d'un jour dans une tente où il fait froid le soir et chaud en plein soleil".
"Je ne sais pas quoi faire", répète-t-il la voix étranglée.
Les prévisions météo ne sont pas pour le rassurer, avec des averses orageuses "fortes à modérées" annoncées à partir de jeudi dans les provinces sinistrées.