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Dans les camps du Bangladesh, la faim et les violences sont de plus en plus le lot quotidien des réfugiés rohingyas, poussant un nombre croissant d'entre eux à entreprendre un périlleux périple par la mer vers l'Indonésie ou la Malaisie.
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Entièrement dépendante de l'aide alimentaire de l'ONU depuis que son mari a été arrêté alors qu'il tentait de travailler hors du camp de Kutulapong, dans le sud-est du pays, Nur Kayes dit n'avoir qu'"une ration" quotidienne pour survivre avec ses deux enfants.
Comme elle, environ un million de membres de cette minorité à majorité musulmane ont fui les persécutions en Birmanie voisine, qui font l'objet d'une enquête internationale pour "génocide".
Déjà précaires, les conditions de vie dans les camps se sont encore dégradées ces derniers mois, avec l'aggravation des pénuries alimentaires et la multiplication des violences.
Guerre des gangs, trafic de drogue et kidnappings contre rançon sont devenus monnaie courante de l'aveu même de la police, selon qui plus de 60 Rohingyas ont été tués cette année, un record.
"Les Rohingyas n'en peuvent plus de vivre dans les camps et d'avoir leur vie à la merci de bandits", résume le jeune militant rohingya Saiful Arakani, 27 ans.
- Kidnappé dans son sommeil -
Nur Kayes dit qu'un de ses voisins a été kidnappé "durant son sommeil" et que sa famille a dû lourdement s'endetter pour rassembler les quelque 1.350 dollars réclamés pour sa libération.
L'inquiétude de la jeune femme est d'autant plus importante qu'elle n'aurait elle-même aucun moyen de payer une rançon si elle ou un de ses enfants étaient enlevés, dit-elle.
Il lui a jusqu'à présent été impossible de rassembler assez d'argent pour aller rendre visite à son mari Faruk, un marin qui a été jeté en prison il y a six mois car il avait violé l'interdiction de travailler hors des camps.
A fortiori, Nur Kayes dit n'avoir rien pour payer un avocat qui pourrait peut-être lui obtenir une libération conditionnelle.
"Où pourrais-je trouver 4.000-5.000 takas (35-45 dollars) alors que je n'ai déjà rien pour ma famille?", s'interroge-t-elle.
Elle-même a la chance de travailler auprès d'une famille un peu plus aisée du camp. Mais elle consacre son maigre salaire et plus de la moitié de son aide alimentaire à rembourser la dette contractée pour construire sa hutte de bambou et de bâches.
La misère a poussé des dizaines de milliers de Rohingyas à travailler hors des camps, reconnaissent deux membres de la Commission bangladaise aux réfugiés qui ont requis l'anonymat.
Mais ces réfugiés font concurrence à la main d'oeuvre locale et, "de façon compréhensible, cela irrite les habitants", dit l'un d'eux.
- Coûteuse traversée -
Alors pour de nombreux Rohingyas, notamment les plus jeunes, la seule issue est de tenter sa chance par-delà les mers, en Indonésie ou en Malaisie.
"Ils quittent les camps car ils sont désespérés et veulent avoir une meilleure vie loin des violences, peu importe s'ils meurent en mer, ils veulent partir", souligne Saiful Arakani.
Depuis novembre, les départs se sont multipliés de façon inédite depuis le déchaînement des persécutions en 2017 en Birmanie, avec plus de 1.500 Rohingyas arrivés dans la seule province indonésienne d'Aceh, à 1.800 km de là, selon l'ONU.
Bien que propriétaire d'une petite échoppe dans le camp, Mohammad Islam n'a pas hésité à envoyer son unique fils en Malaisie l'an dernier. "Les gens ne se soucient pas de leur vie, ils se soucient de leur estomac", dit-il.
Une entreprise non seulement risquée mais aussi coûteuse: les passeurs exigent de 900 à 1.800 dollars pour une traversée.
Une somme totalement hors d'atteinte pour Nur Kayes. "Si j'avais eu assez d'argent, je serais déjà partie avec ma famille en Indonésie ou en Malaisie", soupire la jeune femme.