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Près de 20.000 bébés sont nés "en enfer" dans la bande de Gaza depuis le début il y a plus de trois mois de l'offensive israélienne contre le territoire palestinien, a rapporté vendredi l'Unicef.
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"Cela représente un bébé né toutes les 10 minutes dans cet épouvantable conflit", a souligné lors d'une conférence de presse à Genève Tess Ingram, porte-parole du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
De retour de Gaza, cible d'incessants bombardements israéliens après l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre contre Israël, elle a relaté plusieurs cas témoignant de la situation cauchemardesque sur place pour les femmes enceintes, les mères allaitantes et leurs nourrissons.
Une infirmière prénommée Webda lui a confié avoir pratiqué des césariennes d'urgence sur six femmes décédées ces huit dernières semaines, et ne plus compter les fausses couches à cause de l'air vicié et la fumée des bombardements.
"Devenir mère devrait être une fête. A Gaza, cela revient à mettre au monde un enfant en enfer", a résumé Tess Ingram, pour qui cela "dépasse l'entendement".
Elle a appelé à une action internationale immédiate face à une situation que "l'humanité ne peut pas considérer comme normale", rappelant qu'elle n'avait eu accès qu'à la partie sud de la bande de Gaza et qu'au nord la situation est "infiniment pire".
"Voir des nouveau-nés souffrir, tandis que certaines mères se vident de leur sang, devrait nous empêcher de dormir", s'est-elle indignée, ajoutant: "Savoir que deux très jeunes enfants israéliens enlevés le 7 octobre n'ont toujours pas été libérés devrait également nous empêcher de dormir".
Parmi les jeunes parturientes qu'elle a rencontrées, Iman lui a confié comment elle avait couru terrifiée dans les rues bombardées de Gaza, enceinte de 8 mois. "Aujourd'hui, 46 jours après une césarienne, elle est hospitalisée pour une grave infection et est trop faible pour tenir son nouveau-né, Ali, dans ses bras", a détaillé Mme Ingram.
- "Cessez-le-feu humanitaire" -
La guerre, qui a dévasté Gaza et déplacé plus de 80% de la population, a été déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël qui a tué 1.140 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de chiffres officiels.
Quelque 250 personnes ont été enlevées et emmenées à Gaza durant l'attaque, dont une centaine ont été libérées à la faveur d'une trêve fin novembre. Selon Israël, 132 restent détenues dont 27 seraient mortes.
En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007. Selon le ministère de la Santé du Hamas, 24.762 personnes, en grande majorité des femmes, enfants et adolescents, ont été tuées et 61.830 blessées dans les opérations israéliennes.
L'hôpital Emirati de Rafah accueille désormais la grande majorité des femmes enceintes de la bande de Gaza, selon l'Unicef. Mais le personnel, dépassé par la surpopulation et avec des ressources limitées, est contraint de faire sortir les mères trois heures après une césarienne.
Après l'accouchement, le calvaire ne fait alors que commencer. Tout fait défaut: alimentation, eau potable, soins médicaux, abri adéquat...
Cela se traduit pour les nourrissons "par des taux plus élevés de dénutrition, des problèmes de développement et d'autres complications de santé", indique l'Unicef.
L'organisation chiffre à "environ 135.000" le nombre d'enfants de moins de deux ans menacés de malnutrition sévère.
Le taux actuel de mortalité infantile à Gaza est impossible à savoir, mais "on peut sans problème dire que les enfants meurent aujourd'hui à la fois à cause de la crise humanitaire sur le terrain et à cause des bombardements et des tirs", a ajouté Mme Ingram. "Les mères et les nouveau-nés ont besoin d'un cessez-le-feu humanitaire".