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La prière de l'après-midi vient de prendre fin: "le cours de gym va débuter", lance l'imam Bülent Çinar en cédant sa place à un moniteur de sport en polo blanc.
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Une dizaine de fidèles aux tempes blanches, ainsi que l'imam à la longue barbe soigneusement taillée, se tiennent droits face à l'instructeur, pieds plantés dans l'épaisse moquette turquoise de la mosquée.
Montées de genoux, rotations d'épaules, sautillements... quinze minutes durant, les mouvements s'enchaînent au rythme des consignes, lents et incertains.
A sa droite, le vétéran du groupe, Hüseyin Kaya, 75 ans, se réjouit lui aussi de "faire bouger chaque partie de [son] corps".
"Ça a un effet", assure ce chauffeur de taxi à la retraite, barbe blanche et calotte noire, le front creusé de rides.
Un quart d'heure d'exercices quotidien suffit "à éviter de futures blessures et faciliter la vie" des vétérans de la mosquée, affirme l'instructeur, Fatih Yamanoglu, selon qui 25 à 35 fidèles travaillent leur souplesse avec lui chaque jour après les prières du midi et de l'après-midi.
- "Ils rajeunissent" -
Les femmes, qui en Turquie prient davantage à leur domicile qu'à la mosquée, sont pour l'heure exclues du projet.
Mais la municipalité de Bagcilar, dirigée par un maire issu du parti islamo-conservateur AKP du président Recep Tayyip Erdogan, se dit prête à élargir son initiative.
D'autant que les femmes, dont le taux d'emploi en Turquie est plus de deux fois inférieur à celui des hommes, sont les premières concernées par la sédentarité: selon le ministère turc de la Santé, plus d'une Turque sur deux (53,1%) a une activité physique faible, contre moins d'un homme sur trois (31,7%).
Cette inactivité physique chez les femmes se retrouve "dans beaucoup de pays", souligne Serap Inal, directrice du département de kinésithérapie et de rééducation de l'université stambouliote de Galata, qui note aussi que les habitants des quartiers défavorisés de la mégapole turque ont une activité sportive plus réduite que ceux des arrondissements aisés.
Pour elle, dans un pays où la part des plus de 65 ans dans la population a presque doublé en vingt-cinq ans pour dépasser les 10%, dispenser des séances de gymnastique dans des mosquées "est certainement une bonne idée".
"Mais je suggérerais de réaliser ces exercices à l'air libre", tempère-t-elle.
L'imam, Bülent Çinar, se félicite lui que sa mosquée soit plus qu'un lieu de culte, et se réjouit que les cours de gym attirent des fidèles qui prient d'ordinaire dans des quartiers voisins.
Le religieux se dit aussi prêt à mettre à disposition un espace déjà dédié aux femmes sous la grande salle de prière, "avec une instructrice féminine", et prêche pour que l'initiative soit élargie aux 90.000 mosquées du pays.
"Grâce à ces exercices, la qualité de la prière s'améliore", affirme-t-il. Les fidèles "se meuvent plus aisément, ils rajeunissent".