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Des familles angoissées et en colère patientaient vendredi devant la morgue du plus grand hôpital du Bangladesh attendant l'identification de proches morts ou blessés dans un spectaculaire incendie à Dacca, énième symbole des défaillances dans l'application des normes de sécurité.
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Au moins 46 personnes ont péri, à la suite de ce sinistre qui s'est déclaré jeudi soir dans un quartier huppé de la capitale, dans un restaurant populaire de biryani, situé au pied d'un immeuble de sept étages abritant d'autres restaurants et qui s'est rapidement embrasé.
La plupart des victimes ont été asphyxiées, des corps ont été brûlés au point d'être méconnaissables. Parmi la quarantaine de blessés hospitalisés, deux ont succombé vendredi des suites de leurs blessures. Plus d'une quinzaine sont toujours dans un état critique, selon l'inspecteur de police Bacchu Mia.
Devant l'hôpital universitaire, Asif Pathan, 30 ans, a raconté à l'AFP que son cousin Minhaj Khan dînait au restaurant avec un ami. "Son ami s'est échappé en sautant par la fenêtre, mais Minhaj n'a pas pu", a ajouté M. Pathan, "son corps a été carbonisé."
Mais la mère du jeune étudiant disparu, dévorée d'inquiétude, ne veut pas entendre cette version de l'histoire et a refusé le prélèvement ADN proposé par des médecins pour identifier les corps entreposés.
"Je ne vous crois pas. Je ne veux que mon fils! Il m'a promis de m'emmener à la Mecque pour le pèlerinage. Comment pourrais-je y aller sans lui? ", a-t-elle lancé, refusant de donner son nom.
Il a fallu deux heures aux pompiers pour maîtriser l'incendie, qui a démarré à 21H50 (15H50 GMT). Des badauds sont intervenus pour prêter main forte, porter des tuyaux et aider les personnes qui s'échappaient du bâtiment à se mettre à l'abri. Au total, 75 personnes ont été secourues.
- Pas de sortie de secours -
Avant l'arrivée des secours, de nombreuses personnes coincées à l'intérieur s'étaient précipitées sur le toit.
"Nous étions au sixième étage lorsque nous avons commencé à voir de la fumée passer par les escaliers. Beaucoup de gens se sont précipités pour monter dans les étages", a déclaré Sohel, le gérant d'un restaurant.
Kazi Taslim Uddin a raconté que son fils de 20 ans faisait partie des dizaines de personnes blessées après avoir été forcées de descendre le long du bâtiment.
"Il a attrapé des câbles pour descendre mais ils n'étaient pas assez longs. Il a sauté et s'est blessé. Ses poumons ont également été brûlés par la fumée", a-t-il déclaré à l'AFP.
Le chef des services nationaux d'incendie, Main Uddin, a rapidement mis en exergue les manquements graves aux règles de sécurité dans ce bâtiment qui "ne disposait pas de deux escaliers ni de sorties de secours".
Des policiers ont été aperçus dès vendredi matin à l'intérieur du bâtiment détruit, inspectant les décombres, quelques heures après que le gouvernement a ordonné une enquête sur l'origine du sinistre.
- "Bombes à retardement" -
La journée de jeudi a marqué le dernier d'une longue liste d'incendies mortels dans ce pays à majorité musulmane, où les normes de sécurité des bâtiments sont laxistes et où la corruption permet souvent de les ignorer.
Ces drames sont toutefois plus fréquents dans les complexes industriels et les immeubles d'habitation, et cet incendie survenu dans l'un des quartiers les plus aisés de Dacca a profondément choqué de nombreux habitants.
Parmi les familles endeuillées, certains laissaient éclater leur colère devant l'absence d'alerte des risques d'incendie de ce restaurant.
"Tous ces bâtiments sont des bombes à retardement ! Les régulateurs ne se réveillent qu'après la catastrophe", a déploré un homme qui attendait de récupérer le corps d'un cousin et qui a souhaité rester anonyme.
Le pire incendie qu'a connu le pays s'est produit en 2012, dans la banlieue de Dacca, dans une usine textile : au moins 111 ouvriers avaient trouvé la mort et plus de 200 personnes avait été blessées.
En février 2019, 70 personnes sont mortes lorsqu'un incendie s'est propagé dans plusieurs immeubles d'habitation à Dacca.
Enfin, en juillet 2021, l'incendie qui a dévasté une usine produisant des denrées alimentaires à Rupganj, une ville industrielle proche de Dacca, a tué au moins 52 ouvriers, dont des enfants qui y travaillaient.