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Quand Jennifer Arnold a appris qu'un de ses voisins avait été arrêté par la police de l'immigration, elle s'est empressée d'aider sa famille. Un mois plus tard, des dizaines d'enfants d'origine latino-américaine paralysés par la peur vont à l'école grâce au système de ramassage scolaire qu'elle a mis sur pied dans son quartier de Minneapolis.
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Le mari de sa voisine s'est fait arrêter par l'ICE. "Il a été sorti de sa voiture sur son lieu de travail et emmené. Je l'ai appelée par hasard quand c'est arrivé, elle a répondu en sanglots", raconte Jennifer Arnold à l'AFP.
"C'était bouleversant. Alors je l'ai aidée ce week-end là. Elle avait besoin de nourriture, d'argent pour faire des courses... Et j'étais en contact avec d'autres familles du quartier qui disaient aussi: +Nous ne sortons pas de la maison parce que nous ne sommes pas en sécurité+. Je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose", poursuit-elle.
Parlant espagnol, cette mère de famille de 39 ans, qui travaille dans une organisation de défense des locataires modestes, monte un système de ramassage scolaire.
"A notre arrêt de bus, d'habitude il y a vingt enfants", puis "il n'y en a eu plus que dix" se souvient-elle. "Beaucoup de familles ne se sentaient pas en sécurité pour faire deux ou trois pâtés de maison jusqu'à l'arrêt de bus. Je savais que ça devenait intenable."
- "Adopter une famille" -
"Si je trouve quelqu'un pour accompagner votre enfant jusqu'à l'arrêt de bus ou le conduire à l'école, est-ce que vous le laisseriez ?", demande-t-elle aux parents.
"On a commencé petit, avec douze enfants, la semaine suivante c'était 18, et maintenant j'ai trente familles sur ma liste", de différentes écoles, ainsi que des lycéens censés prendre les bus publics.
Parents, voisins, amis d'amis, "des gens du quartier accompagnent un enfant de sa maison à l'arrêt de bus ou le conduisent à l'école, et le ramènent à la fin de la journée".
Quand arrivent les vacances de Noël, Jennifer Arnold prend le relais de l'école et organise, à son tour, des distributions alimentaires.
"Voulez-vous adopter une famille?", lance-t-elle à des foyers épargnés par la menace ICE. "Ils sont allés faire les courses pour la famille qu'ils avaient adoptée", et "les ont livrées juste avant Noël et le Nouvel An. Ces familles m'ont dit: +Mes enfants auraient eu faim+", sans ça.
La mort de Renee Nicole Good, mère de famille américaine de 37 ans ayant été abattue mercredi par un agent de l'ICE dans un quartier résidentiel de Minneapolis, a généré un élan de solidarité.
- Sifflet -
"J'ai présenté un enfant de quatre ans à un voisin qui le raccompagnera chaque jour. Et tous ces gens dans la rue demandaient: +Est-ce qu'on peut faire ça aussi ?+ Depuis, ma liste s'allonge", apprécie Jennifer Arnold.
Natasha Dockter, responsable au sein de la communauté éducative de Minneapolis, ne sort plus sans son sifflet autour du cou, tout comme "la plupart de (ses) voisins". "On siffle dès qu'on voit la police de l'immigration pour alerter la communauté" de sa présence, décrit-elle à l'AFP.
Ce sifflet, qu'elle utilise "plus souvent" qu'elle ne le voudrait, est aussi "un symbole" pour l'ex-prof. "Une invitation à parler entre voisins de ce qui se passe, explique-t-elle. "J'ai toujours quelques sifflets dans ma poche à distribuer."
L'école s'organise aussi face à la pression anti-immigration. Minneapolis a annoncé vendredi lancer un enseignement à distance jusqu'à mi-février pour les élèves qui en ont besoin.
Les jeunes qui ne sont pas directement exposés souffrent aussi de la situation.
"Il y a des enfants qui ont perdu un membre de leur famille, qui sont terrifiés, complètement traumatisés, qui ne sortent que pour aller à l'école, et il y a nos enfants auxquels nous devons expliquer ces tragédies", se désole Becca Dryden, mère de famille trentenaire. "C'est un traumatisme qui touche tous nos enfants."