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Les députés argentins ont adopté dans la nuit de jeudi à vendredi la loi sur la réforme de la législation du travail voulue par le président ultralibéral Javier Milei, après une journée de grève générale, ponctuée d'incidents, qui a mis le pays à l'arrêt.
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Amendée par la chambre basse, la loi dite de "modernisation du travail" doit désormais retourner au Sénat pour approbation définitive, étape que le gouvernement espère franchir d'ici mars.
Jeudi, l'Argentine a été paralysée par la quatrième grève générale en un peu plus de deux ans de mandat de M. Milei. Comme la semaine dernière, une manifestation largement pacifique a rassemblé plusieurs milliers de personnes aux abords du Parlement, avant de dégénérer en accrochages entre quelques dizaines de personnes et la police.
- Suivi "très important" -
La grève de 24 heures a eu un suivi "très important", a affirmé Jorge Sola, codirigeant de la CGT (pro-péroniste, centre-gauche), principale centrale, revendiquant une activité arrêtée "à 90%".
Le mouvement a été largement suivi dans les transports aériens et ferroviaires, ainsi que par les bus. A Buenos Aires, les aéroports et les gares étaient vides, a constaté l'AFP. Aerolineas Argentinas avait annoncé plus de 250 vols annulés.
La capitale a offert un visage contrasté: trafic de voitures plus dense qu'a l'accoutumée, mais des arrêts de bus, d'habitude bondés, vidés. Et une grande majorité de commerces ouverts, bien que certains privés d'employés, retenus faute de transport.
"Je vais travailler parce que j'ai peur de perdre mon emploi, mais je n'arrive pas à me déplacer, je vais devoir y aller à pied", se résignait jeudi matin Nora Benitez, infirmière de 46 ans, à cinq kilomètres de son lieu de travail.
Dans l'air flottaient des relents d'ordures amoncelées dans la chaleur de l'été austral, faute de ramassage depuis 24h.
Le chef de cabinet des ministres (sorte de Premier ministre) Manuel Adorni a fustigé une grève "perverse", une "extorsion", car "pour autant que les gens aient envie de travailler, si on leur coupe le transport, ils ne peuvent pas".
La grève illustre un regain de tension sociale, quatre mois après le succès de Javier Milei aux législatives de mi-mandat.
Projet-clé de la seconde moitié du mandat de M. Milei, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail, étend les services dits "essentiels" en cas de grève et autorise le fractionnement des congés.
- Milei confiant et au loin -
Pour l'exécutif, ce texte va permettre de doper l'embauche dans une économie qui compte plus de 40% d'emploi informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme "l'industrie des procès", une judiciarisation à outrance du monde du travail.
"Pas une modernisation, une précarisation", rétorque la CGT.
M. Milei compte boucler sa réforme totem d'ici le 1er mars, pour son discours annuel au Parlement.
En attendant, loin de la grève et des tensions, il assistait jeudi à Washington au "Conseil de paix" de son allié Donald Trump.
Au pouvoir depuis décembre 2023, il a enregistré un succès macro-économique majeur face à l'inflation, ramenée de plus de 150% à 32% en interannuel. Mais aux prix d'une austérité budgétaire et de coupes dans l'emploi public qui ont anémié consommation et activité. En deux ans, près de 300.000 emplois ont été perdus, public et privé confondus.