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Un pédocriminel présumé passé au travers des mailles de la justice: de la disparition de Lyhanna à la découverte du corps de la fillette de 11 ans, un évènement tragique dans la campagne gersoise a viré en une semaine à une affaire d'Etat.
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Cette retraitée veut désormais "des actes" alors que la polémique enfle, jusqu'au sommet de l'Etat, sur les dysfonctionnements dans le traitement des plaintes pour violences sexuelles sur mineures visant le principal suspect.
Récit de cette semaine à Fleurance, entre douleurs et colère.
- Une enfant disparaît
Vendredi 29 mai, Lyhanna, scolarisée en 6e, est aperçue une dernière fois à 15H00, devant son collège de Fleurance, bourg de 6.000 habitants situé à 80 km de Toulouse.
Ne la voyant pas revenir, ses parents donnent l'alerte à 18H45. La gendarmerie lance aussitôt un appel à témoin et les premières recherches débutent dans la soirée.
Samedi et dimanche, l'inquiétude grandit: malgré les battues citoyennes, encadrées par les gendarmes, Lyhanna reste introuvable.
Des affichettes à l'effigie de l'enfant sont disséminées dans la commune. L'angoisse monte quand un suspect est mis en garde à vue dès samedi; Lyhanna a été vue dans son véhicule vendredi après-midi.
Devant les enquêteurs, cet homme de 41 ans se défend, affirmant avoir déposé la jeune fille à la piscine.
Mais ces "informations ont été jugées incohérentes et imprécises" selon le parquet d'Auch, qui ouvre une enquête pour "enlèvement et séquestration de mineure".
Chasseurs, pêcheurs et même cavaliers amateurs sont mobilisés tout au long des recherches pour passer au peigne fin massifs forestiers, champs et plans d'eau de la région, sur une superficie de 450 km2, grande comme quatre fois Paris, selon la gendarmerie.
- Profil inquiétant -
Jérôme B., habitant de la commune voisine de Montestruc-sur-Gers, est déféré lundi au tribunal judiciaire d'Agen, puis mis en examen et incarcéré.
Désormais visé par quatre plaintes et deux signalements, Jérôme B. n'avait jusqu'à présent jamais été entendu par des enquêteurs.
Pourtant, un "comportement inapproprié" envers une lycéenne lui avait coûté son emploi d'agent d'entretien au sein d'établissements scolaires du Gers en 2021.
Une plainte pour viols sur une enfant de 10 ans avait été déposée à Toulouse en août 2025. Mais comme les faits avaient eu lieu à Montestruc-sur-Gers, où il habite, la plainte avait été transmise au parquet d'Auch.
Selon la procureure, cette plainte avait été reçue en décembre dernier et "transmise pour enquête à la gendarmerie en janvier 2026. Les investigations sont en cours depuis", mais Jérôme B. n'avait pas été auditionné.
Un délai qui ulcère les habitants de Fleurance. La colère et la polémique se sont depuis étendues au-delà du Gers.
- Scandale national -
Vendredi, l'exécutif a déploré des dysfonctionnements "accablants" et le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, "furieux" du traitement du suspect par la justice, a parlé d'un "immense échec". Il a présenté des excuses à la famille et la chancellerie a évoqué des "sanctions" si des manquements étaient avérés.
Une enquête administrative a été ouverte. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a demandé que les premières conclusions "lui soient remises sous 15 jours".
Mais pour des associations féministes ainsi que de victimes, les dysfonctionnements dépassent l'affaire Lyhanna.
"Ce n'est pas un fait divers. C'est une défaillance systémique des institutions", dénonce la Fondation des femmes sur Instagram.
"On ne peut pas demander aux victimes de parler si, lorsqu'elles parlent, elles ne sont ni entendues ni protégées", poursuit l'organisation, qui demande "une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants".
Plusieurs associations appellent à la tenue d'un "Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs". Quelques 73% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, souvent pour manque de preuves, rappelle Jérôme Moreau, porte-parole de France Victimes.
- Découverte et identification du corps -
Après six jours de recherches, le corps de Lyhanna a été retrouvé jeudi dans le silo d'un site agricole désaffecté dans lequel le suspect avait travaillé il y a huit ans, dans la commune de Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance.
Devant le collège Hubert Reeves où était scolarisée Lyhanna, élèves et professeurs sont abasourdis, encore sous le choc. Une cellule de soutien psychologique a été mise en place.
Une marche blanche, à laquelle seront présents les parents de Lyhanna, aura lieu dimanche à 15H00 dans les rues de Fleurance.
Les parents ont demandé aux "maires présents à leurs côtés depuis le début des recherches de bien vouloir les accompagner".