Depuis sa prison, le journaliste franco-tunisien Mourad Zeghidi adresse une lettre ouverte au président Saied / Photo: FETHI BELAID - AFP/Archives
Le journaliste franco-tunisien Mourad Zeghidi, emprisonné en Tunisie, a adressé une lettre ouverte au président Kais Saied, dans laquelle il demande sa libération en invoquant un principe énoncé par le chef de l'Etat.
"Monsieur le président de la République, j'ai suivi avec une grande attention vos récentes déclarations du 10 juin 2026", a-t-il écrit dans ce courrier, publié mardi soir par la page "Free Mourad Zeghidi" et sa famille sur Facebook.
L'ancien journaliste sportif de Canal+, très connu en Tunisie, a affirmé qu'un passage avait "particulièrement retenu (son) attention": l'affirmation, selon lui "claire et sans ambiguïté" par le président, que "quiconque a conclu une transaction doit quitter les ténèbres de la prison".
Kais Saied a mis en place une commission de réconciliation pénale visant à récupérer les fonds publics contre un allègement des poursuites.
M. Zeghidi est détenu depuis mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Saied.
Alors qu'il était libérable en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées. En mai, il a été condamné en appel à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".
M. Zeghidi dit être innocent et pendant le procès, son avocat s'était demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".
Mourad Zeghidi explique avoir "conclu un accord avec les services du ministère des Finances en janvier 2026" et avoir "réglé l'ensemble des montants dus".
Il réclame sa libération "dans les plus brefs délais" et la fin de ce qu'il considère "comme une injustice juridique et procédurale".
Le président Saied a récemment déclaré vouloir "une réconciliation fondée sur la restitution du moindre sou volé au peuple tunisien".
"Il n'y a aucune intention de nuire à qui que ce soit", avait-il ajouté, assurant qu'il ne s'agissait pas de "règlements de compte" et que les personnes ayant conclu des accords pouvaient quitter leur prison.
L'organisation Reporters sans Frontières (RSF) juge que Mourad Zeghidi fait l'objet d'un "acharnement judiciaire".
Des ONG dénoncent une régression des droits et libertés en Tunisie depuis la concentration des pouvoirs opérée par le président en juillet 2021.
H.Goossens--LCdB