L'affaire Thélyson Orélien n'en finit pas de faire des vagues: la promotion de son roman à succès a été suspendue au Canada, tandis que l'une des personnes qui l'accusent d'avoir utilisé l'IA est sortie de l'anonymat, disant avoir agi pour éviter la "disparition de l'écriture".
Présent en France depuis plusieurs semaines pour présenter son livre "C'était ça ou mourir", le romancier canado-haïtien de 38 ans voit les portes se refermer au Canada, où il vit.
Les éditions du Boréal, basées à Montréal, ont annoncé suspendre "les activités promotionnelles" autour du livre qu'elles ont publié au printemps puis vendu à de nombreux éditeurs étrangers, dont Grasset en France.
Cette suspension a été décidée pour "assurer le bien-être de Thélyson Orélien", qui a été mis en cause lundi sur le réseau social X par le compte "Balance ton Claude" pour avoir "presque intégralement" écrit son livre avec une intelligence artificielle.
"Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d'infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l'auteur fait face", a expliqué Boréal. En appelant cependant à ne pas "tirer de conclusions hâtives".
Toujours au Canada, le Salon du livre de l'Estrie, au Québec, a également annoncé jeudi exclure de sa programmation l'auteur, indiquant "qu'il retire à M. Thélyson Orélien le titre d'invité d'honneur et l'invitation à participer aux deux activités qui figuraient à la programmation".
En France, aucune annonce n'a été faite à ce stade sur la poursuite de la tournée de promotion de l'écrivain, qui doit se rendre dans plusieurs librairies dans les prochains jours et figure dans les premières sélections de plusieurs prix comme le Goncourt.
Il a ainsi présenté jeudi son livre devant plusieurs centaines de personnes, qui l'ont applaudi, au festival du livre de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).
Visiblement fatigué, le romancier a indiqué à l'AFP qu'il était "prêt à (s')exprimer quand tout sera calme". "Parce que maintenant, il y a quand même cette volonté, non seulement d'attaquer le livre, mais surtout ma voix (...), de me faire taire", a-t-il ajouté.
- "Disparition de l'écriture" -
Après plusieurs jours de mystère, le voile a été partiellement levé sur le compte anonyme "Balance ton Claude".
L'essayiste Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, a reconnu vendredi sur X faire partie de ce "projet collectif", dont les autres acteurs n'ont pas révélé leur identité à ce stade.
Il a expliqué avoir agi en défense de la littérature. "Pourtant plutôt techno-optimiste, je redoute qu'après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l'écrit, l'IA provoque la disparition de la lecture et de l'écriture", écrit-il dans un long message.
"Ni les idées politiques d'Orélien ni le thème de son livre ne nous importaient", a-t-il assuré, alors que ""C'était ça ou mourir" raconte le périple à travers douze pays d'un professeur d'histoire-géographie qui fuit son pays englué dans la violence des gangs.
"À tous ceux qui nous reprochent d'avoir nui à Orélien, pensez plutôt à l'auteur qui a passé des centaines d'heures sur son manuscrit pour écrire un magnifique livre, qui aurait mérité le Goncourt, et qui ne l'aurait pas eu", a-t-il poursuivi.
Interrogé ces derniers jours par l'AFP sur son implication dans cette polémique, Samuel Fitoussi avait assuré à plusieurs reprises ne pas être derrière le compte qui en est à l'origine.
Aux accusations d'avoir eu recours à une IA se sont ajoutées mercredi des allégations de plagiat au Canada pour des textes publiés il y a plus de dix ans.
Cette affaire est la première liée à l'IA à secouer le monde littéraire français qui, jusqu'à présent, n'a pas établi de règles collectives face au développement très rapide de cet outil.
"Le monde de l'édition doit réagir vite, sans panique mais sans naïveté, sinon, il laissera s'installer un doute durable sur la valeur même des livres", affirme Arnaud Nourry, ancien PDG d'Hachette et patron des Nouveaux Editeurs, vendredi dans Le Parisien.
daf-cka-kp-jri/mch/asm
L.Dumont--LCdB