L'espace aérien grec fermé plusieurs heures, des avions détournés vers des pays voisins, des vols annulés: l'incident "sans précédent" qui a touché l'aéroport international d'Athènes le 4 janvier a mis en lumière l'obsolescence des systèmes de communication.
Selon l’autorité grecque de l’aviation civile (YPA), le dysfonctionnement technique "sans précédent" a débuté dimanche 4 janvier au matin lorsque de multiples fréquences desservant l’espace aérien d’Athènes ont été couvertes par des interférences continues.
Les émetteurs ont commencé à envoyer des "émissions de signal involontaires", selon la YPA, provoquant des bruits parasites continus.
A l'aéroport international Eleftherios Venizelos d’Athènes, qui bat des records annuels de fréquentation en raison du boom du tourisme en Grèce, des milliers de passagers ont vu leur vol annulé ou retardé en cette période chargée du Nouvel an et de l’Epiphanie.
Tous les aéroports du pays ont été touchés.
"Des centaines de vols ont été directement affectés: ceux en contact avec le contrôle aérien (d'Athènes) ou en vol et qui ont modifié leur trajectoire", a expliqué à l’AFP Foivos Kaperonis, membre du conseil de l’Association grecque des contrôleurs aériens (EEEK).
"Les contrôleurs aériens pouvaient voir les appareils sur l’écran radar mais ils ne pouvaient ni entendre les pilotes, ni leur parler", a-t-il souligné.
- "Pas de danger" -
Après cette panne qui fait suite à un premier incident le 19 août, au pic de la saison touristique, les autorités grecques se sont voulues rassurantes.
Le ministre des Infrastructures et des Transports, Christos Dimas, a insisté sur le fait qu'il n'y avait "pas de danger quant à la sécurité des vols".
Le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis, a également assuré n'avoir "pas la moindre indication" concernant une éventuelle cyberattaque. L’Aviation civile a exclu un sabotage intentionnel.
Une enquête a néanmoins été diligentée en urgence. Ses conclusions sont attendues cette semaine.
"Nous avons une image exacte de ce qui s’est passé mais ce que nous ne savons pas encore, c’est comment cela s’est produit", a précisé Michael Bletsas, directeur de l’autorité grecque de cybersécurité, sur la chaîne publique ERT.
Cette défaillance soulève toutefois des questions quant à la vétusté des installations.
"Si deux avions avaient été sur une même trajectoire de collision, les contrôleurs n'auraient pas été en mesure de leur donner des instructions", a expliqué M. Kaperonis.
Or "c'est dans la tour de contrôle que toute la sécurité des vols s'organise et est garantie", a souligné auprès de l'AFP Bertrand Vilmer, un expert aéronautique et consultant au cabinet Icare aéronautique.
Le ministre adjoint des Transports, Konstantinos Kyranakis, a reconnu, contrit, que les systèmes de communication de l’aéroport auraient dû être modernisés "il y a des décennies".
Le système radar de l'aéroport d'Athènes a été installé... en 1999.
"Ce sont des systèmes dont nous savons qu’ils sont obsolètes", a-t-il lâché sur la chaîne Action24.
- Modernisation -
La Commission européenne a d'ailleurs saisi la Cour de justice de l’Union européenne, reprochant à la Grèce de ne pas avoir mis en place, depuis 2020, les mesures nécessaires visant à concevoir des procédures de navigation fondée sur la performance (PBN).
Un programme de modernisation des infrastructures de plus de 300 millions d’euros doit être achevé d’ici 2029 avec l'installation d'émetteurs numériques.
Jusqu'ici, les systèmes de communication sont encore en grande partie analogiques.
"Ce sont des systèmes robustes mais sur lesquels il n'y a plus de maintenance" vraiment possible car ils sont anciens, détaille Bertrand Vilmer.
Vent debout, les contrôleurs aériens ont rappelé qu'ils dénonçaient depuis des années des "systèmes de communication obsolètes, vulnérables et insuffisamment entretenus, qui ont à plusieurs reprises présenté de graves problèmes", selon l'EEEKE.
Ils exigent leur remplacement par des équipements "conformes aux exigences des règlements européens".
L'Union des ingénieurs de l’enseignement supérieur dans la fonction publique (EMDYDAS) a quant à elle pointé "des pressions pour accroître la capacité et la cadence du trafic aérien notamment durant la saison estivale" quand des millions de vacanciers transitent par les aéroports grecs.
Les contrôleurs aériens ont également décidé de ne plus effectuer d'heures supplémentaires cet été ce qui "entraînera une augmentation spectaculaire des retards", assure l'EEEKE, alors qu'ils doivent disposer de "conditions de travail exceptionnelles" en raison de la difficulté de leur tâche, rappelle M. Vilmer.
L'émoi a été d'autant plus retentissant en Grèce que ce sont précisément les retards pris dans la modernisation des systèmes de signalisation des chemins de fer qui ont été à l'origine en février 2023 de la pire catastrophe ferroviaire de l'histoire du pays, tuant 57 personnes.
L’aéroport d'Athènes a enregistré près de 34 millions de passagers l'an dernier.
Y.Simons--LCdB