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Le président de Djibouti Ismaïl Omar Guelleh a été réélu, sans surprise, à 97,81% des voix pour un sixième mandat à la tête de ce territoire stratégiquement situé dans la Corne de l'Afrique, selon les résultats officiels complets de la présidentielle publiés samedi matin.
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Ismaïl Omar Guelleh, 78 ans, que ses concitoyens nomment par ses initiales IOG, avait peu après minuit proclamé sur X sa victoire, affichant un portrait de lui rehaussé de la mention "REELU", ce alors que n'avaient été publiés que de premiers résultats officiels très partiels.
Son adversaire Mohamed Farah Samatar, président d'un parti sans élu au Parlement, le Centre démocrate unifié (CDU) et personnalité peu connue de ses concitoyens, a obtenu 2,19% des voix, selon les résultats complets publiés tôt samedi par le ministère de l'Intérieur.
Selon ces chiffres, la participation atteint 80,33% des quelque 260.000 inscrits.
A Djibouti-Ville, la capitale, où votaient près des deux tiers des électeurs, la mobilisation avait pourtant semblé très faible vendredi, les citoyens se présentant au compte-gouttes tout au long de la journée dans les bureaux visités par des journalistes de l'AFP.
Les Djiboutiens rencontrés ces derniers jours par l'AFP dans les rues de la capitale affirmaient tous leur intention d'aller voter pour IOG.
Seule voix discordante vendredi, un chauffeur de taxi souhaitant rester anonyme: "Je ne vais pas aller voter, ça ne sert à rien", avait-il affirmé à l'AFP.
- Position stratégique -
Sur ses seulement 23.000 km2, Djibouti accueille des bases militaires de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d'importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.
Cette ancienne colonie française, où l'islam est religion d'Etat, borde le détroit de Bab-el-Mandeb, qui donne accès à la mer Rouge depuis le golfe d'Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.
Le pays est coincé entre le géant éthiopien (130 millions d'habitants) et l'Erythrée - ennemis jurés en pleine recrudescence de tensions - ainsi que le Somaliland, nation autoproclamée, sans existence juridique internationale depuis sa sécession de la Somalie en 1991.
Le Somaliland est une tête de pont des Emirats arabes unis, acteur clé de ses luttes d'influence dans la région, qu'IOG accuse de déstabiliser la Corne de l'Afrique.
- Chômage et dette -
Lors du précédent scrutin, largement boycotté par l'opposition, IOG avait été réélu avec plus de 97% des voix pour ce qu'il avait dit être son dernier mandat, la Constitution lui interdisant en raison de son âge de se représenter.
Mais cette disposition constitutionnelle, qui limitait à 75 ans l'âge des candidats à la présidentielle, a été modifiée en novembre.
Son entourage a justifié cette nouvelle candidature par une nécessaire "stabilité" dans une région troublée. Des analystes l'estiment surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l'absence de successeur faisant l'unanimité.
Diplomates et analystes s'interrogent néanmoins sur l'état de santé du président qui se déplace avec difficulté.
La campagne a été à sens unique. Dans les rues de Djibouti-Ville, les affiches électorales vantaient toutes les mérites d'IOG. Le visage de son adversaire était invisible et la quasi-totalité des Djiboutiens interrogés par l'AFP disaient ne pas le connaître.
"Je vais voter pour Ismaïl Omar Guelleh (...) Je ne connais même pas le visage" de M. Samatar, indiquait la veille du scrutin Deka Aden Mohamed, chômeuse de 38 ans.
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement pointées du doigt pour la répression des voix dissidentes. L'opposition, fragmentée et "muselée" selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), est inaudible.
Djibouti pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un "paysage médiatique (...) complètement verrouillé" et se limitant "presque exclusivement aux médias d'Etat".
Pénalisé par un climat aride peu propice à l'agriculture (environ 1% du PIB), Djibouti a misé sur le développement des activités portuaires, qui représentent désormais 70% de son PIB mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment en Ethiopie dont les marchandises représentent l'écrasante majorité du trafic.
Quelque 70% des jeunes sont au chômage et le développement des infrastructures du pays s'est fait au prix d'une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine.