Il avait lancé Geo, Voici, Capital : le fondateur de Prisma, Axel Ganz, est mort à 88 ans / Photo: PIERRE VERDY - AFP/Archives
On le surnommait le "tigre de papier glacé" : l'Allemand Axel Ganz, ancien patron de presse magazine qui avait lancé le groupe Prisma et de nombreux titres à succès en France, comme Voici, Geo, Femme Actuelle ou Capital, est mort à 88 ans, a annoncé mercredi sa famille à l'AFP.
"La France perd l'une des grandes figures de la presse, un homme dont la vision et la passion ont marqué durablement le monde des médias", a annoncé dans un communiqué la famille d'Axel Ganz, déplorant la perte d'"un mari, un père et un grand-père d'une immense générosité".
"Son exigence, son audace et sa passion pour le journalisme ont façonné durablement l'identité du groupe et laissent un héritage qui continue d'inspirer ses équipes", a renchéri le groupe Prisma Media, racheté en 2020 par Vivendi (groupe Bolloré), au milieu d'un plan social massif, avec le départ attendu de 40% des effectifs (environ 260 salariés).
C'est "un choc pour les salariés de Prisma", souligne aussi à l'AFP le délégué syndical CGT du groupe, Emmanuel Vire. "Il était rude en négociations mais c'était un visionnaire", a-t-il ajouté.
- "Intuition" -
Né en Allemagne, où il commence une carrière de journaliste, Axel Ganz se voit confier à la fin des années 1970 par l'éditeur allemand Gruner + Jahr la mission d'adapter l'un de ses titres, Geo, au marché français.
"L'aventure en France a commencé avec Geo parce qu'on pensait que c'était le plus facile à transposer dans un autre pays, une autre culture, car c'était essentiellement un magazine d'images", expliquait Axel Ganz, dans "Le tigre de la presse magazine", un portrait que lui avait consacré Arte en 2006.
Avec Geo, c'est le début de Prisma Presse, devenu l'un des leaders de la presse magazine en France. A sa tête, Axel Ganz lance des titres comme Voici, Gala, Femme Actuelle, Capital. Il rachète aussi des médias comme VSD.
"Il avait eu l'intuition formidable qu'il n'y avait pas de journal économique adapté à la demande des lecteurs", raconte à l'AFP Jean-Joël Gurviez, ancien rédacteur en chef et éditeur de Capital. "Ce n'était pas si évident à l'époque, la presse éco c'était L'Expansion", ajoute-t-il.
Avec ses unes percutantes et colorées, Capital est devenu leader du marché, avec plus de 400.000 exemplaires diffusés en moyenne à la fin des années 1990 (69.000 en 2025). Voici pâtit d'une réputation "trash" mais connaît aussi le succès avec ses textes caustiques, succès également rencontré par Femme Actuelle ou Télé-Loisirs.
- "Purge du marché" -
"Axel Ganz est un modèle et une source d'inspiration pour beaucoup d'hommes et de femmes de presse" et "laisse une empreinte durable", a aussi salué l'ancienne présidente de Prisma Media (2021-2025), Claire Léost, aujourd'hui directrice générale de CMA Media.
Le patron de presse avait vécu les bouleversements du numérique et le poids qu'a fait peser l'arrivée d'internet sur le modèle économique du secteur, aujourd'hui en difficulté.
"La grande question est de savoir si l'on arrivera à refaire payer la consommation de médias digitaux après avoir habitué les lecteurs à la gratuité", disait-il dans une interview au quotidien Le Figaro, en 2013, prédisant "une purge du marché".
En 2020, le groupe Prisma a été vendu par Gruner + Jahr, filiale du géant allemand Bertelsmann, à Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré. Depuis, le groupe, repris en main par des proches du milliardaire conservateur, a annoncé plusieurs plans sociaux, dont le dernier, massif.
Une importante réunion du comité social et économique (CSE) du groupe était prévue mercredi sur ce plan social.
"Son départ la veille de la mise en œuvre d'un plan social prévoyant le licenciement de 40% des salariés de Prisma est aussi terrible pour beaucoup de salariés", souligne Emmanuel Vire.
A.Peeters--LCdB