La reconstitution de la nuit du meurtre de Delphine Aussaguel, en 2020 dans le Tarn, s'est achevée vendredi sans nouvelle révélation ni de version des faits crédible de la part de Cédric Jubillar, selon les avocats des parties civiles, pour qui le peintre-plaquiste de 39 ans s'est empêtré dans ses contradictions.
"Sans véritablement avouer les faits, il les a reconnus", a relevé Laurent Boguet, avocat de l’administratrice judiciaire en charge des enfants du couple Jubillar, après ce qui constituait la deuxième procédure de reconstitution dans ce dossier, après une première organisée en décembre 2022.
Décidée à la suite des aveux de culpabilité de Cédric Jubillar en juillet, elle s'est déroulée d'abord dans la maison inachevée du couple dans le village de Cagnac-les-Mines, près d'Albi, puis dans un champ où ont été retrouvés les ossements de l'infirmière de 33 ans et mère de leurs deux enfants, sur la commune de Mailhoc, à une dizaine de kilomètres de l'habitation.
Encadrée par un important dispositif de forces de l'ordre, l'opération à laquelle assistaient enquêteurs, représentants de l'accusation, avocats de la défense et des proches de la victime, a duré environ trois heures.
La matinée a laissé sur leur faim les représentants des parties civiles, seuls à s'exprimer vendredi.
"Je crois qu’on est encore loin du compte. Maintenant, il va y avoir un procès devant la cour d’assises et on va pouvoir débattre de tout ce qui ne va pas (…) il y a des choses qui ne collent pas", a souligné Malika Chmani, qui représente les deux enfants du couple, avec Me Boguet.
- "Mensonges" -
Il "continue de s'enferrer dans ses mensonges à l’infini, il dit tout et n’importe quoi, nous n’avons rien appris de nouveau", a-t-elle dit.
Pour Mourad Battikh, avocat d'oncles et tantes de la victime, la version des faits de M. Jubillar est "un scénario construit, sans témoin, un scénario qui ne tient pas la route au regard des éléments matériels et pragmatiques auxquels il est confronté".
Le 16 juillet, après cinq ans de déni, Cédric Jubillar, 39 ans, a fini par admettre son crime, puis il a conduit les enquêteurs le lendemain à l'endroit où il avait dissimulé le cadavre de son épouse.
Vendredi, devant les magistrats, gendarmes et avocats qui scrutaient ses gestes, Cédric Jubillar a relaté sa version du déroulement de la nuit du 15 au 16 décembre 2020, en plein confinement, mimant ses gestes de la nuit du drame.
"Il a été incapable de porter le corps de Delphine. Mis en situation, il a été mis en difficulté immédiatement", a détaillé Me Battikh, tandis qu'un de ses confrères racontait un mis en cause qui était "mal" au moment de refaire le geste d'étranglement sur une gendarme jouant le rôle de son épouse.
Autre avocate présente, Pauline Rongier, qui défend les intérêts d'une amie de Delphine Aussaguel, "a vu un Cédric Jubillar froid, sans affect qui a décrit très factuellement un scénario sans émotion, sans parler d’elle, sans expliquer ce qu’il a pu ressentir en la voyant morte, sans incarner non plus tous ses actes".
Il s'agissait d'une "mise en situation" plutôt qu'une reconstitution, avait indiqué en amont de cette journée, la première présidente de la cour d'appel de Toulouse, Chantal Ferreira, le choix ayant été fait d'organiser cet acte d'enquête en plein jour alors que les faits s'étaient déroulés la nuit.
- Préméditation ? -
Pour l'avocat d'une cousine de Delphine, Philippe Pressecq, Cédric Jubillar n'a pas encore compris que ses seuls aveux ne suffisaient pas.
"Avouer un meurtre, dit-il, c’est quelque chose d’important mais quelque chose d'important aussi, ce sont les circonstances du meurtre, la préméditation, la façon de tuer, la façon de se séparer du corps (…) et là, ce qu’il a à dire est tellement horrible, qu’il n’arrive pas à le dire et qu’il ne le dira jamais".
Me Rongier estime que son attitude de la matinée ne fait que confirmer "non seulement l’idée d’une intention de tuer mais également d’une réflexion préalable et d’une éventuelle préméditation".
L'avocat de Cédric Jubillar présent lors de la reconstitution, Pierre Debuisson, n'a de son côté pas souhaité s'exprimer devant la presse.
Condamné en première instance à 30 ans de réclusion criminelle en octobre 2025, il a fait appel de la décision. Un nouveau procès se déroulera à Toulouse du 30 avril au 14 mai, devant la cour d'assises de Haute-Garonne.
Mercredi et jeudi, une nouvelle séquence de fouilles, très attendues par la famille et les proches, a été organisée par les gendarmes, dans un champ de Mailhoc, qui n'avait pas encore fait l'objet d'investigations, selon une source proche de l’enquête, mais aucun élément nouveau n'a été retrouvé.
T.Luyten--LCdB