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Le dîner s'annonce animé. Le camp présidentiel, divisé sur la manière d'engager la réforme des retraites, se réunit mercredi soir à l'Elysée pour décider du sort de la méthode, amendement ou texte dédié, à moins qu'une troisième piste soit proposée au dessert.
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Le président de la République Emmanuel Macron, qui préférait la voie de l'amendement, a lancé cette invitation à dîner avec la Première ministre Elisabeth Borne, quand celle-ci est revenue bredouille de ses consultations des groupes parlementaires, quasi tous hostiles à cette idée.
Seront réunis autour de la table les ministres concernés, comme Bruno Le Maire (Economie), Olivier Dussopt (Travail), ou encore Franck Riester (Relations avec le Parlement), ainsi que les chefs de groupes parlementaires de la majorité, Aurore Bergé (Renaissance), Jean-Paul Mattei (MoDem) et Laurent Marcangeli (Horizons), mais aussi les chefs des partis alliés, Stéphane Séjourné (Renaissance), François Bayrou (MoDem) et Edouard Philippe (Horizons).
Emmanuel Macron, qui entend mettre en oeuvre cette promesse de campagne dès 2023, avait suggéré la piste d'un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).
- "Difficile" -
Elisabeth Borne, chargée de consulter les députés de tous bords, s'est heurtée au refus de quasi tous les groupes, qui ont dénoncé un "passage en force" si la réforme passait par un amendement, y compris l'allié du MoDem, et la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.
"C'est une ligne rouge contre laquelle nous utiliserons tous les moyens parlementaires", a encore prévenu mardi la cheffe de file des députés Insoumis Mathilde Panot.
Les représentants du MoDem à l'Assemblée nationale ont à nouveau jugé mardi "inenvisageable" l'hypothèse d'un amendement. Mais le parti n'ira "bien évidemment" pas "jusqu'à un vote d’une motion de censure", a assuré M. Mattei.
"On ne peut pas être réélu sur une promesse de changement de méthode", basée sur le dialogue et le compromis, "et passer en force", a tonné le porte-parole du groupe Bruno Millienne.
Bruno Le Maire a assuré mardi sur France Inter qu'il n'avait "jamais été question de passer en force, mais il faut aussi savoir décider en politique". "Le faire vite ce n'est pas le faire dans la précipitation. On peut prendre quelques mois de consultations", a-t-il ajouté en évoquant une mise en oeuvre à "l'été 2023".
"C'est une décision difficile", nous "cherchons la meilleure voie", a admis lundi Mme Borne.
- Troisième voie -
Entre la poire et le fromage, une troisième voie pourrait être cependant servie aux convives, selon Le Canard Enchaîné à paraître mercredi.
L'hebdomadaire évoque l'idée d'un PLFSS rectificatif portant cette réforme, qui serait déposé en janvier, ce qui laisserait quelques mois à la concertation et permettrait d'amadouer le MoDem.
Selon une source gouvernementale, Elisabeth Borne "ne veut pas une réforme des retraites sèche", uniquement sur l'âge de départ à la retraite ou la durée de cotisations Elle souhaite également parler avec les partenaires sociaux de pénibilité ou encore d'emploi des seniors. Raison pour laquelle le PLFSS "initial" ne comportait pas d'amendement sur les retraites, souligne-t-on de même source.
"Peut-être qu'il y a l'option de projets de loi plus rapprochés et pas forcément au printemps", mais avant. "C'est cela le sujet", avance une source dans la majorité.
La Première ministre, privée de majorité absolue, a assuré qu'elle pousserait pour "la recherche de compromis" sur la méthode sans pour autant exclure le recours à l'article 49.3 de la Constitution, qui permet l'adoption d'un texte sans vote sauf motion de censure.
Au-delà de la méthode, syndicats et oppositions -hormis LR- sont très remontés à l'idée d'une réforme des retraites.
François Bayrou a jugé pour sa part que si la voie de l'amendement était choisie, le Conseil national de la refondation (CNR) qu'il est chargé de piloter "serait compromis".
Quelle que soit la décision prise, Emmanuel Macron a déjà prévu sur son chemin vers l'Espagne vendredi de faire un stop dans la mairie du patron du MoDem à Pau. En mode consolation ou réconciliation.