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"Qu'il retourne en Afrique": après la vague d'indignation suscitée par des propos jugés racistes du député RN Grégoire de Fournas, l'Assemblée nationale a voté vendredi son exclusion temporaire pour 15 jours de séance, décision rarissime et plus lourde sanction disciplinaire possible.
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La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a aussitôt demandé à l'élu RN de quitter l'enceinte du Palais Bourbon. La Première ministre Elisabeth Borne a pour sa part déclaré: "Le racisme est un fléau, il n'a pas sa place en République, il n'a pas sa place dans cet hémicycle".
M. de Fournas a reconnu avoir lancé jeudi "qu'il retourne en Afrique" lors d'une intervention de l'élu LFI Carlos Martens Bilongo, qui s'exprimait sur le "drame de l'immigration clandestine" pendant la séance de questions au gouvernement.
Le député de Gironde a ensuite catégoriquement nié tout caractère raciste, assurant parler du bateau humanitaire Ocean Viking bloqué en mer avec 234 migrants, et pas de Carlos Martens Bilongo, élu noir du Val-d'Oise. Il a dénoncé une "manipulation de LFI" visant à lui prêter des "propos dégueulasses".
- "Millions de Français" -
Carlos Martens Bilongo s'est dit "soulagé. C'est la sanction maximale (...) c'est une bonne chose".
Grégoire de Fournas est le deuxième député exclu temporairement du Palais Bourbon depuis l'instauration de la Ve République en 1958. Le premier avait été l'élu apparenté PCF Maxime Gremetz en mars 2011, pour une altercation en raison de... voitures ministérielles, mal garées selon lui.
L'incident de jeudi a provoqué une vague d'indignation jusqu'à l'Elysée. Il avait entraîné la fin prématurée de la séance de questions au gouvernement, une décision rarissime prise par Mme Braun-Pivet.
"Le racisme, quelle qu'en soit la cible, est la négation des valeurs républicaines qui nous rassemblent dans cet hémicycle", a-t-elle déclaré vendredi au perchoir, après le vote de la sanction.
Nupes et camp présidentiel plaidaient pour la sanction "la plus lourde". "La question de sa démission se pose", a lancé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin vendredi sur BFMTV et RMC, ajoutant qu'il signerait une pétition Renaissance réclamant son départ.
Des députés Verts et LFI demandent sa démission, mais également le départ de leurs postes des deux vice-présidents RN de l'Assemblée.
"Qu'est-ce qu'il se serait passé si les propos tenus hier l'avaient été à un moment où le vice-président qui présidait était du Rassemblement national ?, a insisté Manuel Bompard (LFI) après l'annonce de la sanction.
La patronne des députés RN Marine Le Pen a quitté la réunion du bureau avant la décision. Elle critique une "procédure où on est jugé par nos adversaires politiques" et un "mensonge" de LFI sur l'incident, concédant une maladresse de Grégoire de Fournas.
Sans les RN, les autres élus ont soutenu la sanction à l'unanimité.
A l'initiative de LFI, un rassemblement de soutien au député Carlos Martens Bilongo s'est tenu à la mi-journée près de l'Assemblée, réunissant quelques centaines de personnes.
"Ma personne a été attaquée mais aussi les personnes qui me ressemblent. Des millions de Français ont été attaqués hier", a affirmé le député francilien, entouré d'élus de gauche et de Jean-Luc Mélenchon.
- "J'assume totalement" -
Sur BFMTV vendredi, Grégoire de Fournas, qui "assume totalement ses propos sur la politique migratoire anarchique", a exclu toute démission et accuse M. Martens Bilongo d'avoir "senti un coup à jouer dans la victimisation communautaire".
Carlos Martens Bilongo fustige lui la "phrase raciste" venue d'un élu d'un parti d'extrême droite qui "n'a jamais changé".
Après la sanction, le député RN s'est redit "totalement innocent" : "Je ressens cette sanction d’une dureté inouïe avec une grande injustice. Mais respectueux de l’institution, je m'y soumets."
Viticulteur dans le Médoc, Grégoire de Fournas est l'auteur d'une série de tweets virulents par le passé. "En Afrique, ils aiment tous la France et ses allocs. On accueille toute l'Afrique?!", a-t-il tweeté en 2017; et en janvier 2022: "En réponse à l'expulsion de notre ambassadeur au Mali, il faut expulser tous les Maliens de France!"
La sortie de Grégoire de Fournas dans l'hémicycle fragilise la stratégie de notabilisation revendiquée par les troupes de Marine Le Pen, depuis l'élection inédite de 89 députés RN en juin.
"Tout le monde fait bloc. Et tout le monde se dit que c'était évitable car c'est toujours plus intéressant de faire une intervention construite" dans l'hémicycle, affirme à l'AFP le député RN Pierre Meurin.
Le vice-président du parti David Rachline a regretté "le manque d'humanité" des propos de M. de Fournas. "On ne s'exprime pas comme ça au sujet d'êtres humains, surtout à l'Assemblée", dit-il à l'Obs.