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Le contrat d'électricité lui a mis "la tête sous l'eau": comme d'autres producteurs d'endives, Hervé Persyn, voit en noir l'avenir de la filière, fleuron, énergivore, de l'agriculture française et des Hauts-de-France.
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Cet endivier quadragénaire fait partie du tiers des 400 producteurs français qui ont dû renégocier leurs contrats annuels avec les fournisseurs avant le 31 octobre, à des tarifs mettant en péril leur activité.
"On payait 90.000 euros l'année dernière. Les futures factures devraient être comprises entre 350.000 et 500.000 euros", détaille M. Persyn, dont l'exploitation, dans la Somme, produit 6.000 tonnes d'endives par an.
"Si cela atteint la limite haute, 30% de notre chiffre d'affaires, l'entreprise est morte", s'alerte-t-il. "Je voulais que mon fils prenne la suite, à présent, je ne veux pas lui infliger ça".
"Pour l'heure, ce tiers de producteurs risque la faillite à très court terme. Mais dans un an, à ce rythme et avec ces tarifs, c'est le reste de l'activité qui va sombrer", met en garde Stéphane Jacquet, directeur de l'Association des producteurs d'endives de France (Apef).
- Le chicon après le charbon? -
La filière française, qui emploie 4.000 personnes, principalement des femmes non qualifiées, produit 150.000 tonnes par an, soit 85% de la production mondiale.
"Dans les alentours, il n'y a parfois que l'endive pour donner du travail aux gens. Certains de mes salariés travaillent ici depuis trente ans, autant de familles aujourd'hui en sursis", affirme M. Persyn.
Dans la région des Hauts-de-France, qui concentre 95% de la production, "on a perdu le charbon, ne perdons pas le chicon" (nom local de l'endive), plaide un autre producteur, Daniel Bouquillon, dont l'exploitation, à Vélu dans le Pas-de-Calais, en est à sa quatrième génération.
Les producteurs demandent à l'Etat un bouclier tarifaire, sans lequel "les tarifs proposés sont intenables", insiste Stéphane Jacquet.
Les représentants de la filière ont certes été "entendus" par le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau en septembre, mais la réponse, même après les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement, n'est pas à la hauteur, juge-t-il.
L'enjeu pour l'exécutif est de savoir "s'il veut sauver l'endive française", insiste-t-il. "Il y a des gens qui se demandent si les racines, il faut les arracher pour les mettre en chambre froide", ou si le jeu n'en vaut plus la chandelle.
- Production plus faible -
Le patron LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a lui aussi donné de la voix, alertant mi-octobre le ministère de la Transition écologique "sur les menaces de faillite en nombre" qui menacent le secteur.
"Miser sur la concurrence des fournisseurs ne suffira pas à obtenir un prix" permettant aux producteurs "de survivre cet hiver", a-t-il notamment pointé dans un courrier.
D'autant que confronté à "l'Himalaya des hausses énergétiques" - selon l'expression du ministre de l'Agriculture lors d'une récente visite dans la Marne consacrée elle aux difficultés de la filière de la pomme de terre - le secteur part essoufflé.
La production, affectée par la sécheresse, sera plus faible cette année, selon les producteurs. Et le prix de vente au kilo a déjà augmenté depuis un an, autour de 4 euros, contre 2,50 euros auparavant, notamment en raison de la hausse des coûts de transport.
De quoi alimenter les craintes d'une désaffection des consommateurs, nourrie aussi par le climat estival de cet automne.
"Les gens mangent des endives l'hiver. Avec des températures si élevées, les consommateurs privilégient les légumes d'été", déplore Daniel Bouquillon.
Les endiviers doivent aussi anticiper l'application de la loi Agec, fin 2024, qui signera la fin des sachets plastiques transparents et respirant. "Il faut qu'on trouve une solution, pour l'instant on ne l'a pas", soupire Stéphane Jacquet.