"Colère totale des paysans": le vote de l'accord UE-Mercosur à Bruxelles ne passe pas vendredi auprès des agriculteurs français, qui poursuivent leur mobilisation, à grand renfort de tracteurs et de blocages divers dans toute la France.
Après plus d'un mois de mobilisation en province et au lendemain du débarquement à Paris des tracteurs de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, marqué à droite voire à l'extrême droite, la gendarmerie dénombrait à la mi-journée 49 actions dans 31 départements, mobilisant 1.200 personnes avec 500 tracteurs.
En région parisienne à l'aube, la Confédération paysanne, troisième syndicat, a lancé une opération escargot avec quelques tracteurs sur le périphérique, avant que deux de ses porte-parole ne soient interpellés devant l'Arc de Triomphe pour "outrage et rébellion", selon la préfecture de police.
Une arrestation "scandaleuse", a dénoncé le syndicat marqué à gauche, ajoutant qu'il était "inadmissible que la Confédération paysanne soit le seul syndicat à subir cette répression".
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a assumé jeudi soir de n'avoir pas dispersé l'action "illégale" de la Coordination rurale (CR) avec ses tracteurs — 40 dans Paris et environ 60 à ses portes — alors que les rassemblements non déclarés étaient interdits dans la capitale.
Après avoir cheminé de leurs bastions du Sud-Ouest, de Normandie ou du Nord, les agriculteurs de la CR ont réussi leur démonstration de force, parvenant jusque devant l'Assemblée nationale.
Ses tracteurs et militants se sont repliés dans la soirée, mais nombre d'entre eux sont encore dans les départements autour de Paris, prêts à "revenir" à l'appel de leur syndicat.
- L'Anses "doit disparaître" -
Le préfet de police "Patrice Faure a tenu à [entamer] et poursuivre depuis hier un dialogue avec les organisateurs des rassemblements, même lorsqu'ils n'étaient pas déclarés. Il tient cependant à rappeler qu'aucun trouble à l'ordre public ou atteinte aux forces de l'ordre, ne peut être toléré", a indiqué vendredi sur X la préfecture.
Le ton est monté au sud de Paris vendredi en début d'après-midi devant le siège de l'agence sanitaire Anses, où quelques dizaines de "bonnets jaunes" de la Coordination rurale sont venus lancer des oeufs contre un organisme qui doit "disparaître", a affirmé José Pérez, joint par téléphone par l'AFP.
"C'est eux qui donnent les conseils au gouvernement (...) sur toute la partie phytopharmaceutique, autant végétale qu'animale", c'est-à-dire concernant les restrictions de pesticides qu'il dénonce et l'abattage des animaux atteints par la dermatose, a ajouté le président de la CR du Lot-et-Garonne, habitué des actions coup de poing.
La FNSEA et ses alliés des Jeunes Agriculteurs, alliance syndicale qui domine dans le monde agricole, mènent de leur côté des actions dans plusieurs départements vendredi et ont appelé à manifester le 20 janvier à Strasbourg devant le Parlement européen, qui devra prochainement voter la ratification de l'accord UE-Mercosur.
Ils exigeront des eurodéputés "la saisine de la Cour de justice de l'UE pour suspendre l'accord" et se rassemblent dans la soirée pour décider de la suite du mouvement.
Le vote à Bruxelles par les États membres "est une trahison de la souveraineté agricole européenne", a indiqué la FNSEA dans une déclaration transmise à l'AFP, et "provoque la colère totale des paysans".
L'opposition d'Emmanuel Macron au traité UE-Mercosur n'a non seulement pas permis de bloquer l'accord à Bruxelles, mais n'a pas non plus satisfait les syndicats: ils attendent des mesures concrètes dans les cours de ferme et aucun ne se réjouit de "la perte d'influence de la France" en Europe, selon l'expression de la FNSEA.
- Actions dans plusieurs régions -
Viticulteurs en crise, céréaliers confrontés à la hausse des prix des engrais, éleveurs confrontés à de multiples épizooties... la liste est longue.
La Confédération paysanne et la CR demandent notamment la fin de l'abattage total des troupeaux bovins infectés par la dermatose nodulaire. La CR demande aussi un "moratoire" sur les contrôles des pratiques des agriculteurs.
Des actions ont lieu vendredi dans plusieurs régions, mais aussi en Belgique, en Italie ou encore en Pologne.
Des autoroutes sont bloquées dans le sens France-Belgique dans le Nord, mais aussi dans le Sud-Ouest. Des dépôts de carburants ont été pris pour cible dans ces mêmes régions, à Haulchin et à Bassens.
"C'est une descente aux enfers (...) Les produits qui rentrent du Mercosur sont moins chers, parce qu’ils produisent du maïs sur des milliers d'hectares", avec des OGM interdits en Europe, se désole Jean-Michel Larrère, président de la FDSEA des Landes lors d'un rassemblement dans une zone portuaire près de Bayonne.
M.Lenaerts--LCdB