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Des bombardiers au-dessus de Khartoum samedi ont essuyé des tirs nourris alors que les combats acharnés entre l'armée soudanaise et les paramilitaires entrent dans leur troisième semaine, en dépit d'une nouvelle trêve et des efforts de la communauté internationale.
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Le Soudan est plongé dans le chaos depuis l'éclatement le 15 avril d'une sanglante lutte de pouvoir entre le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Burhane, et son numéro deux, Mohamed Hamdane Daglo, dit "Hedmedti", à la tête des Forces de soutien rapide (FSR).
Malgré une prolongation du cessez-le-feu pour trois jours conclue jeudi sous l'égide des Etats-Unis, de l'Arabie saoudite, l'Union africaine et l'ONU, les violences n'ont pas cessé dans la capitale et d'autres régions, chaque camp s'accusant de ces violations.
Les civils qui tentent de fuir ou de survivre barricadés subissent des pénuries généralisées, notamment d'électricité, d'eau et de nourriture.
Un autre témoin raconte que les combats se poursuivent depuis l'aube, en particulier autour du siège de la chaîne de télévision publique dans la ville jumelle d'Omdourman.
- "Milice", "mercenaires" et "traître" -
Vendredi, les deux généraux en guerre se sont écharpés par médias interposés.
Sur la chaîne de télévision américaine arabophone Al-Hurra, le général al-Burhane a qualifié les FSR de "milice cherchant à détruire le Soudan" et affirmé que des "mercenaires" arrivaient du Tchad, de Centrafrique et du Niger.
Le général "Hemedti" Daglo a lui parlé sur la BBC de son rival comme d'un "traître" qui n'est "pas digne de confiance".
Sur le front diplomatique, plusieurs Etats tentent de trouver une issue au conflit, en vain. Et la visite d'un représentant du général Burhane prévue samedi au Caire a été reportée sine die.
Les combats depuis le 15 avril ont fait au moins 512 morts et 4.193 blessés, selon des statistiques officielles, qui seraient largement sous-évaluées.
Quelque 75.000 personnes ont été déplacées en raison des combats, particulièrement violents dans la région instable du Darfour, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires.
Des dizaines de milliers de Soudanais ont fui vers les Etats voisins incluant l'Egypte, l'Ethiopie, le Tchad et le Soudan du Sud, tandis que des pays étrangers procèdent à des évacuations massives de leurs ressortissants.
Le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) estime que des millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à la faim dans l'un des pays les plus pauvres au monde, où un tiers des 45 millions d'habitants avaient déjà besoin d'aide alimentaire avant cette guerre.
- "Situation alarmante" -
Au Darfour-Ouest, au moins 96 personnes ont été tuées dans la ville d'El-Geneina depuis lundi, selon le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, qui qualifie la situation d'"alarmante".
Pillages, destructions et incendies s'y multiplient, y compris dans des camps de déplacés, rapporte Médecins sans frontières (MSF). L'ONG a dû "arrêter la quasi-totalité de (ses) activités au Darfour-Ouest", en raison de ces violences, regrette son chef adjoint au Soudan, Sylvain Perron.
"Nous sommes extrêmement inquiets de l'impact de cette violence sur les personnes qui ont déjà vécu des vagues de violence", prévient-il dans un communiqué.
La région du Darfour reste marquée par un conflit sanglant déclenché en 2003 entre le régime du dictateur Omar el-Béchir, déchu en 2019, et des insurgés issus de minorités ethniques. Ce conlit a fait environ 300.000 morts et près de 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.
Les généraux Burhane et Daglo avaient pris le pouvoir lors d'un putsch en 2021, qui a douché les espoirs de transition démocratique au Soudan. Mais ils sont ensuite devenus rivaux, ne parvenant pas à s'entendre sur l'intégration des FSR -- paramilitaires très redoutés -- dans l'armée régulière.