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Avant de se rendre aux autorités américaines dans la ville frontalière d'El Paso, Juan Fernandez a envoyé un message à sa femme au Venezuela puis, séchant ses larmes, il a marché de façon décidée pour effectuer la traversée illégale.
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Avec un ami, il est passé par une brèche dans la clôture séparant Mexique et Etats-Unis.
"Nous sommes assez effrayés, mais il faut avoir la foi", confie le Vénézuélien de 40 ans.
Il fait partie de milliers de Vénézuéliens entrés illégalement ces derniers jours, avant l'expiration jeudi soir du Titre 42, une mesure sanitaire remise en vigueur lors de la pandémie de Covid-19, qui permet d'expulser sans délai les migrants franchissant la frontière terrestre des Etats-Unis, y compris les demandeurs d'asile.
Redoutant un afflux chaotique de clandestins avec la fin du Titre 42, les autorités américaines ont déployé quelque 24.000 agents à la frontière et finalisé de nouvelles restrictions au droit d'asile.
Mais, en pratique, certains sont découragés par ce parcours du combattant administratif.
- "On a faim" -
"J'ai attendu quatre mois durant, en essayant de légaliser ma demande, mais je n'ai pas eu de réponse", relate Gleidys Losada.
"Tous les gens que je connaissais ont traversé par les brèches, j'ai décidé que je ne pouvais plus attendre", ajoute-t-elle.
Mme Losada a passé les quatre dernières nuits à l'extérieur de l'église du Sacré Coeur, au centre d'El Paso, un site transformé en centre d'accueil pour migrants.
La majorité d'entre eux ont fui le Venezuela. Souvent, ils n'ont plus assez d'argent pour rejoindre leur destination finale prévue aux Etats-Unis. Ou bien la peur de quitter cette ville frontalière, sans papiers en règle, les retient.
Ils dorment sous des bâches tendues le long des grilles de l'église et utilisent des WC portables installés autour de l'édifice.
Des agents de la police aux frontières sont passés le matin distribuer des prospectus appelant les clandestins à "se rendre" aux autorités. D'autres policiers exigent que les migrants rassemblés leur montrent leurs papiers.
"Nous assistons à la mise en place d'une politique très dure qui nous surprend beaucoup, car Biden avait promis lors de sa campagne une politique plus humaine à la frontière", affirme Fernando Garcia, un responsable de l'ONG "Border Network for Human Rights".
"La voie pour les gens qui ont besoin d'être protégés se referme", ajoute-t-il.
Mardi matin, des centaines de personnes ont été interpellées à deux portes du mur frontalier.
"L'émigration ne va pas s'arrêter. Nous allons continuer à venir car nous avons faim", assure Eibor Tovar, un Vénézuélien de 34 ans. "Quand on a faim, quand on est réprimé sous une dictature, on fait tout pour chercher une vie meilleure".
- "Joie, tristesse, peur" -
Juan Fernandez et son compagnon de voyage ont eux décidé de s'en remettre aux autorités locales. Leur décision a semblé influencer un homme et une femme aux regards craintifs, qui semblaient hésiter sur le trottoir opposé.
Trois heures plus tard, le couple s'est également présenté devant une porte flanquée d'un panneau "Bienvenue aux Etats-Unis", où sont censées être collectées les demandes d'asile.
Puis, comme une traînée de poudre, le message s'est propagé et des centaines de Vénézuéliens se sont retrouvés à faire la queue devant l'agence fédérale.
Je suis partagé entre joie, tristesse, peur", confie en pleurant José Contreras, 21 ans. Quelques minutes auparavant, il priait Dieu, agenouillé sur le trottoir.
Pour d'autres, la peur d'être expulsé l'emporte sur l'espoir de se voir l'asile octroyé.
"L'idée de me faire avoir me panique. Je ne veux pas revenir au Venezuela, là-bas il n'y a pas d'avenir", lance un jeune homme de 23 ans qui se ravise et quitte la longue file de migrants.
Juan Fernandez, lui, a perdu dans le processus son compagnon de périple, dont il a été séparé et reste sans nouvelles.