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Les Thaïlandais ont infligé un revers cinglant aux généraux au pouvoir depuis presque 10 ans, submergés par le parti progressiste Move Forward, surprise des législatives, en quête d'une coalition avec les autres mouvements d'opposition.
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Associé à la couleur orange, Move Forward ("Aller de l'avant") est bien parti pour devenir la principale force politique du royaume, dans la lancée des manifestations massives de 2020, dont il reprend les demandes pro-démocratie.
Mais ses positions jugées radicales, de la réforme du controversé article sur le crime de lèse-majesté à la fin de la conscription obligatoire, risquent de créer des frictions avec l'élite militaro-royaliste qui conserve de l'influence au sein des institutions.
Le rejet, par les jeunes générations, du gouvernement sortant issu du coup d'Etat de 2014, a nourri un taux de participation record de 75,22%, un peu au-dessus du scrutin de 2019, a confirmé lundi la commission électorale.
Le visage souriant du jeune leader de Move Forward, Pita Limjaroenrat (42 ans), a fait la une des principaux journaux lundi, contrastant avec la mine basse du Premier ministre sortant Prayut Chan-O-Cha.
En troisième place, le parti de la Nation thaïlandaise unie (UTN) de Prayut navigue loin derrière, avec 4,6 millions de voix.
- Lèse-majesté -
Sur le plan des députés, Move Forward et Pheu Thai sont au coude-à-coude selon les dernières estimations (112 députés chacun) sur les 400 circonscriptions en jeu. Les 100 derniers sièges sont distribués à la proportionnelle, ce qui doit donner une avance au parti orange.
Mais les règles électorales complexes, concoctées par l'armée à son avantage, contraignent les partis d'opposition à obtenir une large majorité, ou à former une coalition pour accéder au pouvoir.
Dès dimanche soir, Pita Limjaroenrat a assuré qu'un accord de gouvernement avec Pheu Thai était "sur la table".
Les deux partis partagent le constat d'une économie thaïlandaise défaillante qui a besoin de réformes, mais s'opposent sur plusieurs sujets de société, comme l'article réprimant la lèse-majesté, sur lequel Pheu Thai se montre bien plus prudent.
"Peu importe, nous allons pousser pour une réforme de la lèse-majesté", a insisté Pita.
Pheu Thai, le parti le plus populaire des deux dernières décennies, n'a pas obtenu le "raz-de-marée électoral" que sa candidate star Paetongtarn Shinawatra (36 ans) a réclamé durant la campagne.
La fille de l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra n'a pas fermé la porte à une coalition: "nous pouvons travailler ensemble", a-t-elle lancé.
Vainqueur de 32 des 33 sièges en jeu à Bangkok, un score d'une ampleur inattendue, Move Forward s'inscrit dans la dynamique des manifestations pro-démocratie de 2020 qui ont secoué la capitale avant de baisser en intensité sous l'effet de la pandémie et de la répression des autorités.
Pheu Thai garde de son côté le soutien des milieux ruraux du nord et du nord-est, qui ont bénéficié des politiques de redistribution pionnières de Thaksin au début des années 2000.
Deux partis membres de l'ancienne coalition gouvernementale, Bhumjaithai (68 sièges dans 400 circonscriptions), et Palang Pracharat (39), peuvent également jouer un rôle d'arbitre dans les négociations qui devraient prendre des semaines, avant la nomination du Premier ministre attendue durant l'été.
- Système pro-armée -
L'opposition a besoin de 376 sièges sur les 500 de l'Assemblée nationale pour contrebalancer l'influence des 250 sénateurs nommés par l'armée. Il suffit au camp pro-armée de 126 députés pour s'assurer une majorité au vote du Premier ministre, choisi par les deux chambres.
Ce système, jugé partial par les organisations de défense des droits humains, a permis à l'ancien général Prayut (69 ans) de se maintenir au pouvoir en 2019, au prix d'une large coalition englobant une quinzaine de partis.
Son avenir politique semble incertain après cette défaite.
Son bilan reste terni par une reprise atone après la pandémie, que des économistes attribuent en partie à la structure défaillante d'une économie en manque de réformes.
Les groupes de défense des droits humains l'ont accusé d'avoir mené une répression de grande envergure contre les leaders des manifestations pro-démocratie, en détournant à des fins politiques la loi réprimant le crime de lèse-majesté.
La Thaïlande a connu une douzaine de coups d'Etat depuis la fin de la monarchie absolue en 1932. Les 20 dernières années ont été marquées par une succession de protestations dans les rues, de putschs militaires et de dissolutions de partis en justice.