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A Ceuta, les commerces sont restés fermés, le pain se fait rare et les fêtes annuelles de la ville ont été annulées vendredi dans l’enclave espagnole d'Afrique du Nord, après l’afflux exceptionnel de 60.000 migrants venus du Maroc voisin.
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Les devantures sur la Calle Real, l'artère commerciale principale de la ville, sont closes. Et le flux habituel de clients et de riverains a été remplacé par des dizaines de migrants déambulant dans les rues.
Dans le centre de Ceuta, où vivent environ 84.000 personnes, la plupart des commerces ont gardé portes closes, à l'exception des pharmacies et d'une succursale de la chaîne espagnole de restauration VIPS.
"Nous commençons à manquer de pain (...) parce que les boulangeries sont fermées", a déclaré à l’AFP Miguel Angel Campana, employé de voirie de Ceuta.
Selon lui, les résidents craignent que les migrants ne s’introduisent de force dans les maisons "en demandant de l’eau et tout un tas de choses", a-t-il assuré, exhortant les habitants à "surveiller leurs balcons".
Sur place, certains migrants arrêtent des voitures sur la route pour demander de la nourriture, de l’argent ou pour utiliser des téléphones portables afin d’appeler leurs familles, ont constaté des journalistes de l’AFP.
La Confédération des entreprises de Ceuta a conseillé aux magasins et autres établissements commerciaux de rester fermés "jusqu’à ce que la sécurité puisse être garantie".
Par la mer ou par la terre, quelque 60.000 migrants ont franchi la frontière dans la nuit depuis le Maroc et rejoint l'enclave espagnole.
Beaucoup ont contourné à la nage une petite barrière frontalière qui s’avance dans la mer Méditerranée.
Des journalistes de l’AFP ont vu des centaines de personnes, des hommes, des femmes ainsi que des enfants, entrer à Ceuta, abandonnant bouées et vêtements utilisés pour la traversée.
- "Heurtés à la réalité" -
Cet afflux constitue l’une des plus importantes arrivées de migrants jamais enregistrées à Ceuta. Quelque 37.500 personnes sont déjà retournés volontairement au Maroc, selon Madrid.
La police a conduit les migrants, dont beaucoup de jeunes, vers la frontière, les menaçant parfois avec des matraques.
"Ils pensaient qu’ils savaient déjà ce qu’ils allaient trouver ici, et ils se sont heurtés à la réalité", a confié à l’AFP Mohammed, chauffeur de taxi de Ceuta, ajoutant que certains migrants lui avaient dit qu’ils rentraient "parce qu’ils n’avaient pas de nourriture".
"Il n’y a rien ici. Ceux d’entre nous qui viennent d’ici peinent à gagner leur vie. Nous galérons", a-t-il déclaré, précisant être resté éveillé jusqu’au petit matin avec des voisins pour se protéger d’éventuels vols de la part des migrants.
"J’ai des nièces qui ont peur", a-t-il ajouté.
"C’était comme pendant la pandémie, on avait le sentiment qu’il valait mieux rester chez soi que sortir", a-t-elle estimé.
Le gouvernement régional de Ceuta a annulé les festivités annuelles en l’honneur du saint patron de la ville, qui devaient commencer samedi, en raison des "circonstances actuelles".
Sur le terrain de la fête foraine, les autos tamponneuses et les autres manèges sont restés recouverts de leurs bâches de protection en plastique.