Eduardo Holguín, pêcheur en Equateur, raconte avoir vécu un "calvaire" quand des militaires des Etats-Unis ont intercepté et coulé son bateau dans le cadre d'opérations antidrogue menées conjointement par ces deux pays.
Le Commandement Sud de l'armée américaine a annoncé mercredi sur X avoir intercepté un navire présenté comme une embarcation de soutien à Los Choneros, gang équatorien lié à l'important cartel mexicain de Sinaloa.
Le "Conquista 2" battait pavillon équatorien, comme les trois autres bateaux détruits en quelques jours. Eduardo Holguín se trouvait à bord, et réfute tout lien avec le trafic de drogue.
"Ils nous visaient" depuis les hélicoptères qui se trouvaient "tout près du bateau", puis un canot "avec tous les militaires" est arrivé, a raconté M. Holguín à l'AFP.
"C'est là que le calvaire a commencé pour nous."
"Ils nous ont pris le bateau, nous ont emmenés sur le leur, et l'ont fait exploser", s'est remémoré l'homme de 41 ans.
Sur cet autre petit bateau où l'équipage a été déplacé, Eduardo Holguín se souvient avoir vu un traducteur et des "gringos" (des Américains), puis on lui a enfilé "une cagoule" et du matériel antibruit sur les oreilles.
Les pêcheurs et lui ont reçu de la nourriture, mais "avec tout ce qui se passait, ils n'avaient même pas envie de manger", rapporte-t-il.
- "Ni dormi ni mangé" -
Le groupe a été remis à la Marine équatorienne, qui l'a transféré à Manta, le principal port de pêche du sud-ouest de l'Equateur, comme cela a été le cas pour les autres équipages interceptés.
Pour Juan Carlos Posligua, qui se trouvait aussi à bord du "Conquista 2", ces derniers jours ont été "difficiles".
"Cela fait trois jours que je n'ai ni dormi ni mangé", déclare l'homme de 44 ans.
Après l'explosion de leur bateau, une fois à terre, les membres d'équipage ont été emmenés au poste de police. Ils ont été relâchés le lendemain sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux.
"Nous n'avions rien d'illégal, nous sommes de simples pêcheurs qui partions travailler pour ramener le pain quotidien à la maison", assure Juan Carlos Posligua.
Ces opérations inquiètent pêcheurs, habitants, et défenseurs des droits humains.
Avec le soutien des Etats-Unis, le président équatorien Daniel Noboa mène une guerre contre le narcotrafic et a fait entrer son pays dans le "Bouclier des Amériques", coalition antidrogue d'une vingtaine d'Etats d'Amérique latine et des Caraïbes dirigée par le président américain Donald Trump.
En juillet, l'ONG Human Rights Watch a dénoncé des actes de torture et des détentions arbitraires dans le cadre de cette campagne. Selon elle, entre janvier et mars, trois embarcations ont été attaquées par les forces américaines au large de l'Equateur, faisant au moins huit disparus, ce qu'a nié Washington.
- Repartir en mer ? -
Vont-ils reprendre la pêche après cette opération de l'armée américaine ? "Si cela continue ainsi, peut-être pas. Je ne sais pas ce que je vais faire à partir de maintenant", hésite M. Posligua, pêcheur depuis 28 années.
Or M. Holguín s'inquiète aussi du peu de perspectives sur terre, en Equateur. "C'est dur, pour l'instant il n'y a pas de travail. Et s'il faut le faire (retourner en mer, ndlr), il faut le faire. Que faire d'autre ?"
La campagne, décidée par l'administration Trump et lancée il y a un an, de frappes aériennes dans le Pacifique oriental et la mer des Caraïbes contre des embarcations présumées appartenir à des trafiquants de drogue, a fait plus de 200 morts.
L'administration de Donald Trump n'a jamais fourni de preuve solide permettant d'affirmer que les navires visés étaient effectivement impliqués dans des trafics.
V.Nijs--LCdB