Garry Kasparov, opposant au Kremlin, prévenu que sa vie est "en danger" / Photo: SAUL LOEB - AFP/Archives
L'opposant russe en exil et ancien champion d'échecs Garry Kasparov et l'un de ses soutiens ont été prévenus par les services de sécurité américains et lituaniens que leur vie étaient "en danger" et qu'ils devaient prendre des mesures pour leur sécurité.
"La nouvelle selon laquelle, avec mon associé de longue date et co-fondateur du Forum de la Russie Libre, Ivan Tyutrin, nous sommes sur une liste de cibles à assassiner, n'est pas une surprise pour moi, mais c'est malgré tout un choc", écrit sur les réseaux sociaux le dissident de 63 ans, qui vit en exil aux Etats-Unis.
"Les services de sécurité lituaniens et américains nous ont informés que nos vies étaient en danger et que nous devrions prendre des mesures de précaution. Je l'ai fait et continuerai à le faire", poursuit-il.
Interviewé par l'AFP, Ivan Tyutrin explique de son côté avoir été averti il y a deux semaines par la Lituanie, où il vit en exil, qu'il "devait quitter son domicile de toute urgence et se débarrasser de sa voiture".
Cette annonce de Garry Kasparov intervient après que le ministère américain de la Justice a annoncé mi-septembre l'inculpation de cinq agents présumés des services de renseignement russes, tous en fuite, accusés d'avoir conspiré pour commanditer des assassinats et financer des attentats aux Etats-Unis et en Europe.
Le groupe, actif depuis au moins deux ans, a notamment tenté de faire assassiner cet été aux Etats-Unis "un important dissident russe", a indiqué le ministère américain, sans nommer la cible.
Parmi les suspects figurent Youri Khrameev, présenté comme un ancien colonel du renseignement russe âgé de 61 ans, et son fils de 27 ans Kirill, officier du FSB. Les autres sont deux Cubains et un Vénézuélien.
Selon le ministère de la justice américain, ce réseau a cherché à tuer une cible en Lituanie.
Mais Garry Kasparov affirme que ni lui, ni Ivan Tyutrin, n'ont été explicitement informés d'avoir été ciblés par ce réseau.
Pour Ivan Tyutrin, les services de sécurité russes cherchent à le punir pour son soutien à l'Ukraine.
- "Moscou est derrière tout ça" -
"Il est clair que Moscou est derrière tout ça, et il est clair qu'il existe une liste de personnes à éliminer", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Ceux qui sont en tête de liste sont les personnes qui ont adopté la ligne la plus dure contre le régime et la position la plus ferme en soutien à l'Ukraine", a-t-il ajouté.
Garry Kasparov et Ivan Tyutrin ont fondé en 2016 le Forum de la Russie Libre, qui organise des conférences contre la guerre russe en Ukraine et en soutien de l'armée ukrainienne. La Russie l'a inscrit en 2025 sur une liste d'organisations "terroristes".
Les deux dissidents rappellent la récente flambée des actions de "guerre hybride" menées par le Kremlin dans plusieurs pays européens, alors que la guerre russe en Ukraine est entrée dans sa cinquième année et que la voie diplomatique pour régler le conflit est au point mort.
Ces actions clandestines, sous le seuil de la guerre ouverte, font "peut-être partie d'un plan plus vaste pour déstabiliser, intimider les gens et démontrer l'incapacité de l'Occident à protéger ceux qu'il s'est engagé à protéger", détaille Ivan Tyutrin.
Il raconte avoir été averti une première fois par la Lituanie qu'il se trouvait en danger après avoir participé à une collecte de fonds pour des Russes combattant aux côtés de soldats ukrainiens en 2023 et s'être rendu sur le front ukrainien l'année suivante.
Lors d'un séjour aux États-Unis en avril 2024, il avait été abordé par des agents du FBI à l'aéroport de New York, lui expliquant qu'il serait protégé pendant tout son voyage, en raison d'un risque d'attaque.
"Ils m'ont dit: +Nous ne voulons pas que cela se produise sur le territoire des États-Unis+". J'ai été suivi par des agents du FBI pendant deux semaines", raconte-t-il.
À son retour en Lituanie, il avait été placé sous protection de l'État. Le dispositif de sécurité avait été levé quelques mois plus tard.
La Lituanie ne lui a pas fourni le même niveau de protection cette fois, mais il se dit "reconnaissant" envers son pays d'accueil. "Un homme averti en vaut deux".
N.Lambert--LCdB