Dans son bureau de l'université néerlandaise de Groningue, où se côtoient photos de famille et piles de dissertations, la fascination de la professeure Amina Helmi pour la Voie lactée est visible jusqu'à un bol rempli de chocolats "Milky Way".
Cette astronome de 55 ans, originaire d'Argentine et spécialisée dans la structure, la dynamique et la formation de la Voie lactée, fait partie cette année des trois lauréats du prestigieux prix Kavli en astrophysique, souvent considéré comme l'équivalent du prix Nobel dans cette discipline.
Les trois prix Kavli récompensent depuis 2005 les travaux scientifiques exceptionnels dans les domaines de l'astrophysique, des nanosciences et des neurosciences. Chaque prix consiste en une somme d4un million de dollars, une médaille en or ainsi qu'un parchemin.
"Pour moi, c'est une reconnaissance équivalente au prix Nobel, (...) c'est un immense honneur de recevoir ce prix," a expliqué Amina Helmi lors d'un entretien avec l'AFP.
"Je pense également que pour notre domaine, qui est relativement jeune mais qui s'est considérablement développé ces dernières années, c'est aussi une très belle reconnaissance."
- "Archéologie galactique" -
Amina Helmi, Vasily Belokurov (Université de Cambridge) et Rodrigo Ibata (Université de Strasbourg) ont été récompensés pour avoir démontré que la Voie lactée n'a pas évolué de manière régulière et continue, mais qu'elle est plutôt le résultat d'une succession de collisions majeures et violentes avec des galaxies naines.
Le domaine de recherche des trois lauréats, souvent appelé "archéologie galactique", consiste à élucider ce qui s'est passé dans notre galaxie dans le passé et à entrevoir son avenir en utilisant les étoiles comme des "fossiles cosmiques".
"Nous pouvons, par exemple, mesurer les abondances chimiques dans les étoiles. Ces données constituent en quelque sorte l'ADN d'une étoile, dans la mesure où elles conservent des informations sur le lieu où elle est née et sur l'environnement dans lequel elle s'est formée", explique la professeure.
Loin de l'image de l'astronome collée à son télescope, Mme Helmi a plutôt les yeux rivés sur des catalogues de données organisées en tableaux comportant 2 milliards de lignes et jusqu'à 200 colonnes, contenant de précieuses informations sur les astres.
En 2018, la deuxième publication de données de la mission Gaia - mission de l'Agence spatiale européenne visant à cartographier en 3D la Voie lactée - a déclenché une véritable révolution.
"Cela a permis de mesurer les mouvements d'environ un milliard et demi d'étoiles sur un volume bien plus vaste qu'auparavant. Ce n'était pas seulement le nombre considérable d'objets, mais aussi la précision avec laquelle nous pouvions mesurer ces mouvements", explique Mme Helmi, qui a elle-même apporté ses contributions à la mission.
- "Jeunesse tumultueuse" -
A partir de ces données, Mme Helmi et ses collègues ont fait la découverte de l'événement qui a véritablement marqué un tournant dans l'histoire de notre galaxie.
Il y a 10 milliards d'années, bien avant la naissance du Soleil et des étoiles que nous pouvons voir aujourd'hui, une grande galaxie naine baptisée Gaia-Encelade est entrée en collision avec la Voie lactée primitive et a fusionné avec celle-ci, détruisant Gaia-Encelade au passage.
"Depuis, il ne s'est pas passé grand-chose. On pourrait dire qu'elle a connu une jeunesse tumultueuse et qu'elle vit désormais, à l'âge adulte, une vie calme et sereine", plaisante Mme Helmi.
L'astronome recevra le prix Kavli en main propre à Oslo, en Norvège, le 1er septembre, après quoi elle songe à utiliser une partie de l'argent reçu pour encourager les jeunes chercheurs, peut-être dans son Argentine natale.
Elle postule désormais à de nouvelles bourses pour sa recherche, plusieurs pistes se dessinant, avec une nouvelle publication de données de Gaia qui arrivera fin 2026.
"Je pense qu'il faut aussi aller beaucoup plus loin en matière de modélisation, car nous disposons d'une quantité considérable de données, nous sommes confrontés à de plus en plus d'énigmes et nous n'avons pas de modèle qui nous aide à comprendre ces données", ajoute-t-elle.
K.Smeets--LCdB