Le monde économique défend l'indépendance de la Fed, Trump persiste / Photo: SAUL LOEB - AFP/Archives
Le président américain Donald Trump a continué mardi d'éreinter le président de la banque centrale (Fed) Jerome Powell et à demander des baisses de taux d'intérêt, sans s'émouvoir des appels à sauvegarder l'indépendance de l'institution.
La Réserve fédérale (Fed) fait face depuis des mois aux pressions de l'administration Trump pour réduire les coûts d'emprunt et nourrir la machine économique américaine.
L'affaire a pris une tournure spectaculaire quand Jerome Powell a lui-même annoncé dimanche soir, via une allocution solennelle, que le ministère de la Justice avait lancé une enquête pouvant conduire à des poursuites pénales à son encontre.
Il a ainsi pris à témoin l'ensemble du monde économique d'une attaque "sans précédent" contre l'indépendance de la banque centrale la plus influente au monde.
Il a affirmé sans détour que la procédure était fondée sur un "prétexte", l'important coût des travaux de rénovation du siège de la Fed à Washington, qui cache selon lui la raison véritable: l'institution n'a pas fourni à Donald Trump les baisses de taux d'intérêt qu'il réclamait.
Le chef de l'Etat affirme ne pas être au courant des développements judiciaires, tout en répètant ses griefs à l'égard de Jerome ("Jay") Powell, qu'il a propulsé à la tête de l'institution pendant son premier mandat.
Le chantier de la Fed "a dépassé le budget de plusieurs milliards. Soit il est incompétent, soit il est malhonnête", a-t-il lancé devant la presse mardi.
Dans un message sur sa plateforme Truth Social, il a en parallèle vertement appelé Jerome Powell à baisser les taux d'intétêt "DE MANIERE SIGNIFICATIVE", estimant que l'inflation était "FAIBLE", après la publication de l'indice des prix à la consommation (CPI) pour décembre.
- "Pas une bonne idée" -
Mardi, les dirigeants des grandes banques centrales de la planète, de l'Union européenne à la Corée du Sud en passant par le Brésil, ont apporté leur soutien à leur homologue américain.
"Le président Powell a exercé ses fonctions avec intégrité, fidèle à son mandat et avec un engagement indéfectible envers l'intérêt public. Il est pour nous un collègue respecté, tenu en haute estime par tous ceux qui ont travaillé avec lui", affirment la douzaine de signataires dans un communiqué commun, défendant "l'indépendance des banques centrales".
La Banque centrale du Japon fait partie des absents. Le courrier précise que d'autres noms peuvent s'ajouter ultérieurement à la liste.
Les anciens chefs de la Fed les avaient précédés en dénonçant lundi une instrumentalisation de la justice destinée à "saper l'indépendance" de l'institution.
Jerome Powell a aussi reçu le soutien de parlementaires républicains, le camp politique de Donald Trump.
Ou encore du patron de la banque américaine JPMorgan Chase, Jamie Dimon. Cette figure de Wall Street a déclaré mardi qu'il avait "énormément de respect pour Jay Powell".
"Tout le monde autour de nous croit en l'indépendance de la Fed et (...) tout ce qui pourrait la compromettre n'est probablement pas une bonne idée", a-t-il dit, soulignant que les investisseurs comptaient sur la banque centrale pour maîtriser l'inflation.
L'économiste d'EY, Gregory Daco, a pointé dans une note que la démarche pouvait être contre-productive pour Trump, en incitant les responsables monétaires à laisser les taux d'intérêt inchangés plus longtemps qu'ils ne l'auraient fait dans d'autres circonstances, pour ne pas donner l'impression de céder aux pressions.
La Fed a diminué ses taux trois fois d'affilée en fin d'année dernière. Les marchés s'attendent à ce que cette détente soit gelée tout le premier trimestre 2026, selon l'outil de veille CME FedWatch.
Z.Leclercq--LCdB