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Marine Le Pen, qui a joué son va-tout en décidant d'être candidate malgré sa condamnation en appel, lance mercredi sa campagne dans la Sarthe, faisant fi des critiques de ses adversaires et du risque que son pari judiciaire osé échoue.
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La cheffe de file du Rassemblement national est attendue dans la matinée pour une déambulation sur le marché de La Flèche, mairie remportée en mars par le RN. Elle sera accompagnée de Jordan Bardella, qui devait la remplacer en cas d'empêchement et sera son Premier ministre si elle remporte l'élection présidentielle de 2027.
Mardi, Marine Le Pen a bouleversé le cours de la campagne en annonçant sa candidature à l'Elysée, quelques heures après l'arrêt de la cour d'appel confirmant sa condamnation dans l'affaire des assistants parlementaires européens.
Son choix risqué a déclenché d'intenses et complexes débats juridiques. Et repose sur une stratégie consistant à jouer la montre, en misant sur les importants délais des procédures judiciaires.
Ses lieutenants, mercredi, ont donc invité la justice à prendre son temps.
Louis Aliot, maire RN de Perpignan qui va lui aussi se pourvoir en cassation, a estimé sur BFMTV/RMC qu'"il n'y a plus urgence" à ce que cette cour se prononce étant donné que Marine Le Pen peut être candidate.
L'avocat de Marine Le Pen, Rodolphe Bosselut, a jugé que cette instance, qui met généralement 12 à 18 mois pour trancher, n'a pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude".
La Cour de cassation avait indiqué en janvier que, dans le cas de Marine Le Pen, elle tenterait de trancher autour de la fin d'année en raison de l'imminence de la présidentielle, dont le premier tour est prévu le 18 avril 2027.
Tiendra-t-elle ce calendrier? Si la cour rejette d'ici là le pourvoi de la candidate, celle-ci pourrait encore être contrainte de faire campagne avec un bracelet électronique. Une hypothèse qu'elle avait balayé par le passé.
Marie-Suzanne Le Quéau, procureure générale près la cour d'appel de Paris, a fait savoir sur TF1 que, si cette décision intervenait dès janvier, elle mettrait immédiatement "à exécution l'arrêt rendu par la cour d'appel" et transmettrait le dossier à un juge de l'application des peines.
- "Prendre en otage" -
En se lançant malgré sa condamnation, Marine Le Pen, qui avait réclamé par le passé une inéligibilité "à vie" des politiques condamnés pour de tels faits, s'expose aux critiques de ses adversaires.
Son rival Gabriel Attal, candidat de Renaissance, l'a accusée de faire "pression sur la Cour de cassation" pour qu'elle ne rende pas sa décision avant la présidentielle et de "prendre en otage" la campagne par une "guérilla judiciaire".
"En écoutant Madame Le Pen, je me suis dit que c'était les mêmes réflexes, la même rhétorique qu'aurait Donald Trump", a-t-il ajouté.
"On ne doit pas être candidat à la présidence de la République quand on est condamné pour détournement de fonds publics", a abondé Raphaël Glucksmann, eurodéputé Place publique et probable candidat, y voyant une "déchéance dont on n'a pas vraiment pris la mesure".
Marine Le Pen, mardi, s'est elle dite "heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de voter et que la Cour me rende mon éligibilité".
Il est difficile de prévoir, pour l'heure, la réception que lui feront les électeurs.
Il peut y avoir un "effet de confortation du socle" car "ses sympathisants vont se dire: +quelle détermination+", a affirmé à l'AFP le sondeur Brice Teinturier (Ipsos-BVA). Mais "je crois que les affaires abîment toujours", a-t-il ajouté.
La cour d'appel a déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d'une "organisation" pour salarier au titre d'assistants parlementaires d'eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti.
Sur les contrats litigieux d'assistants parlementaires dont elle était saisie, la cour d'appel a chiffré le préjudice total du Parlement européen à 2,8 millions d'euros entre 2004 et 2016.