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"Allez à l’église et sonnez les cloches pour avertir la population": conseillère municipale dans la zone où un violent incendie a fait 12 morts en Espagne, Manoli Ramos se souvient des dernières instructions du maire, avant la fuite terrifiante des habitants face aux flammes.
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"Alors nous sommes partis, nous avons fait sonner les cloches plusieurs fois pour que les gens soient au courant. Et nous sommes descendus" depuis Bédar, le hameau où les victimes du sinistre ont été retrouvées, vers le village de Los Gallardos.
Deux jours après le départ de l’incendie, cette femme de 72 ans vit la peur au ventre et toujours loin de chez elle, dans l’attente de l’extinction d’un feu comme elle n’en avait jamais vu dans sa vie.
Manoli Ramos et quelques amies sont hébergées à Los Gallardos, le village de la province andalouse d'Almería près duquel le sinistre s'est déclaré, selon les premières hypothèses, à cause d’un câble électrique tombé au sol qui a enflammé la broussaille le long d'une route.
- "Lève-toi, pars d'ici" -
Ils vivent généralement dans des maisons isolées et éloignées du village, ce qui n’a sans doute pas facilité la réception d’informations ni leur fuite.
"Les étrangers vivent, disons, disséminés à l’extérieur du village de Bédar. Ils ont de belles maisons et leurs affaires, ils aiment vivre un peu à l’écart du centre", constate Manoli Ramos.
Hassan Oulghazzi, un Marocain de 52 ans qui vit depuis 16 ans à Bédar, lui, n’a pas vu les flammes, mais il a vu la fumée noire qui a commencé à planer au-dessus de sa maison avant que la police ne vienne tambouriner à sa porte pour lui demander, à lui et à sa famille, de partir.
"Mais enfin, comment veux-tu ne pas avoir peur?", s’insurge-t-il quand on lui demande comment il a vécu cette évacuation: "Quand on frappe à ta porte et qu’on te dit: +Lève-toi, allez, pars d’ici, c’est pour de vrai, tu dois t'en aller".
"La peur, tout le monde l’a connue, mais je suis vraiment touché pour les morts et les brûlés, je suis très touché. Il y en a que je connais", affirme-t-il en sortant avec sa femme et sa fille du gymnase municipal de la ville côtière de Garrucha, où il est venu chercher quelques affaires auprès de la Croix-Rouge car la famille n'a rien pu emporter sans sa fuite.
À 87 ans, l’Anglais Austin Crilly a déjà beaucoup vécu : "Je suis de la vieille école, ce qui doit arriver, arrive", résume-t-il.
Pour autant, ce jeudi n'a pas été un jour comme les autres.
- "On voit ça dans les films" -
"J'étais en train de regarder la télévision, et je me suis demandé ce qu'il se passait. En ouvrant ma porte, j'ai vu un gros nuage noir, je pensais que c'était un nuage", se rappelle-t-il.
"Je me suis dit +Mon Dieu, je vais fermer cette porte+ mais cinq minutes plus tard, +Bang bang bang, prenez votre argent, prenez vos papiers, et sortez+. C'était la police et les voisins qui faisait le tour pour nous dire de partir", raconte-t-il dans le gymnase de Garrucha, où il a déjà passé deux nuits.
Les époux Smith, Martin et Elizabeth, des Anglais de 63 et 65 ans originaires du Dorset, quittent, eux, l'édifice.
Lui doit rentrer dans son pays, elle espère terminer les vacances dans un camping de la région.
"C'était pas bon, pas bon du tout. Je n'avais jamais rien vu comme ça. On voit ça dans les films, mais jamais dans la vie réelle", souffle Martin Smith.
Mais malgré cette expérience traumatisante, il garde son calme: "Ca ne nous a pas coupé l’envie de venir en Espagne".