"SOS" géant pour un lac de la frontière franco-suisse victime de la sécheresse / Photo: Fabrice COFFRINI - AFP
Privé d'eau presque tout l'été, le lac des Brenets, situé à la frontière franco-suisse, voit son lit asséché en quasi-totalité se couvrir de végétation, dans laquelle des riverains ont récemment tracé de gigantesques "HELP" et "SOS".
Yvan Durig, propriétaire et capitaine de la société de navigation sur le lac des Brenets, mesure tous les jours le niveau du bassin d'eau subsistant au nord de l'habituel lac.
"Normalement on a 25 mètres, 30 mètres ici, et on constate que ce volume a diminué, il y a 9 mètres d'eau donc deux tiers de moins, les poissons sont vraiment en saturation à cet endroit", explique-t-il à l'AFP.
Le lac des Brenets (appellation suisse) ou lac de Chaillexon (appellation française) est une retenue d'eau naturelle alimentée par le Doubs à la frontière du département éponyme côté français et du canton de Neuchâtel (Suisse).
Le lac débouche sur un entonnoir qui nourrit habituellement une chute d'eau de 27 mètres appelée "Saut du Doubs", aujourd'hui à sec.
Sur le plateau du Haut-Doubs, aux confins des montagnes du Jura, la nature karstique des sols, avec ses nombreuses failles et cavités, laisse facilement l'eau s'infiltrer en sous-sol et s'effacer en surface.
Les riverains sont donc habitués à des périodes de basses eaux, mais un tel étiage est préoccupant et le record de quote minimale datant de 1906 n'est pas loin.
Sur la majeure partie du lac des Brenets, l'eau a disparu, laissant place à la végétation au milieu de laquelle court un mince filet d'eau. Les mots "Help" et "SOS" tracés sur ce lit verdoyant illustrent la frustration des habitants du bord du Doubs face à l'inaction des autorités.
Une "task force" a été créée par les autorités françaises et suisses en 2022, notamment pour explorer les moyens de limiter l'écoulement de l'eau dans les failles, mais rien n'a été fait depuis.
"Le lac s'est asséché cette année assez tôt dans la saison, donc à partir du 20 juillet on a dû arrêter la navigation (...) Imaginez-vous : en pleine saison et on s'arrête comme ça, c'est insupportable pour une compagnie comme la nôtre", a confié M. Durig, alors que ses 20 bateaux de croisière demeurent prisonniers du lit asséché.
"Nous, enfants, on passait tous nos étés à se baigner, sur la plage (...) à s'amuser au bord de l'eau, à plonger, à sauter, puis même d'autres fois à pêcher", explique de son côté David Favre, habitant des Brenets et historien amateur de 76 ans.
Mais "depuis la dernière sécheresse de 2018, c'est la catastrophe. Tous les deux ans, voire bientôt chaque année, le lac se vide, malheureusement", ajoute-t-il, disant se sentir "totalement abandonné" par les autorités.
D.Jacobs--LCdB