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Opposés à la réforme des retraites mais aussi rares que discrets dans les cortèges: les militants du Rassemblement national hésitent à se mêler aux manifestations, tant la méfiance est mutuelle entre les centrales syndicales et le parti lepéniste.
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"Beaucoup de mes camarades sont contre la réforme mais ne manifestent pas": à Bordeaux, Georges Le Bescond, 74 ans, dûment encarté au RN, a décidé de battre le pavé, malgré le "sectarisme des syndicats qui ne veulent pas de nous dans les manifs".
"Ça me désole, il faut faire passer la cause en premier", poursuit cet ingénieur militaire à la retraite, qui conteste "l'urgence de la réforme", selon lui "contrainte par l'Union européenne".
Parmi les 16.500 manifestants dans le chef-lieu de la Gironde (plus de quatre fois plus selon les organisateurs), une petite délégation locale du RN a fait le déplacement, mais se tient sur un trottoir à l'écart.
"Si on était plus nombreux et si on avait fédéré un groupe, les banderoles, pourquoi pas, mais est-ce qu'on aurait été respectés comme, nous, on respecte les gens de gauche? Je ne crois pas", estime un militant lepéniste anonyme selon qui, "un manifestant sur deux dans le défilé vote RN", en prenant pour preuve les résultats des "dernières législatives".
- "Contre tout ce gouvernement" -
"Cette réforme est injuste: travailler jusqu'à 64 ans, ce ne sera pas possible dans les métiers pénibles", scande dans les rues de Toulouse une autre sympathisante RN, "bientôt encartée", qui ne souhaite pas donner son nom.
Et, selon cette mère de famille, "rien ne justifie la diabolisation du RN.
A Lille, Domitille, qui n'a pas non plus souhaité donner son patronyme, en appelle à la "convergence" et "l'unité", en reconnaissant que "ça n'est pas (sa) première manifestation".
Manteau de fourrure blanc et bottes en cuir, la quinquagénaire manifeste seule, drapeau français marqué d'une croix de Lorraine en main. "Quel que soit notre parti ou nos idées politiques, qu'on soit de gauche, ou de droite, il faut dire non à ce qu'on veut nous imposer", explique celle qui a voté Le Pen à la présidentielle et qui se dit "contre cette réforme" et, "plus globalement, contre tout ce gouvernement".
- "Au-delà des partis" -
Mardi, Marine Le Pen a assuré se "réjouir" et "soutenir" la "mobilisation qui s'exprime", tout en jugeant "naturel que les élus du RN s'opposent à l'Assemblée nationale" et non dans la rue. Où ils pourraient rencontrer une forme d'hostilité, le patron de la CGT Philippe Martinez leur recommandant "vigoureusement de ne pas venir" car ils "n'étaient pas les bienvenus".
Reste que la forte impopularité du projet de réforme et le succès des deux journées de mobilisation interroge certains cadres du parti sur la doctrine fixée il y a un mois, inquiets de se faire chiper le titre de premier opposant par les troupes de gauche.
A Dunkerque, le conseiller municipal et régional RN Adrien Nave défilait pour la deuxième fois en quinze jours, drapeau français en main, entouré d'une quinzaine de militants.
Certes, ce pompier volontaire de 31 ans reconnaît que Marine Le Pen ne "voulait pas s'associer aux centrales syndicales qui appellent à manifester alors qu'elles ont fait élire Emmanuel Macron". Mais "ça ne (lui) pose pas de problème, dans le sens ou il y a énormément de personnes qui sont syndiquées qui n'ont pas voté Emmanuel Macron et qui manifestent à raison et avec conviction car ils pensent que c'est une réforme injuste".
Le même appelle à ce que la contestation aille "au-delà des partis": "A un moment donné, il faut faire preuve d'intelligence et montrer une unité face à cette réforme".