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Le Parlement européen a adopté mardi l'essentiel de l'ambitieux plan climat de l'UE, dont la vaste réforme de son marché carbone et la "taxe carbone" aux frontières pour verdir ses importations.
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L'extension du marché carbone au logement et au transport pour les particuliers a été le point le plus controversé, en pleine période d'inflation. Un fonds social sur le climat est prévu pour atténuer les conséquences pour les plus pauvres.
La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a salué "un résultat bénéfique pour l'Europe, ses citoyens, la planète et les prochaines générations".
"Ensemble nous allons faire de l'Europe le premier continent climatiquement neutre", a réagi la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui s'est félicitée de ces votes et appelé les Etats membres à parachever cette dernière étape.
- Réforme du marché carbone -
Cette réforme doit permettre de concrétiser les ambitieux objectifs de réduction des gaz à effet de serre du plan climat des Vingt-Sept.
Pour couvrir leurs émissions de CO2, les producteurs d'électricité et industries énergivores (sidérurgie, ciment...) dans l'UE doivent aujourd'hui acheter des "permis de polluer" sur le marché européen des quotas d'émissions (ETS), créé en 2005 et s'appliquant à 40% des émissions du continent.
Le total des quotas créés par les Etats baisse au fil du temps pour inciter l'industrie à émettre moins.
La réforme prévoit une accélération du rythme de réduction des quotas proposés, avec d'ici 2030 une baisse de 62% par rapport à 2005 (contre un objectif précédent de 43%): dans l'ensemble, les industriels concernés devront automatiquement diminuer d'autant leurs émissions.
Le marché carbone s'étendra progressivement au secteur maritime, aux émissions des vols aériens intra-européens, et à partir de 2028 aux sites d'incinération de déchets, sous réserve d'une étude favorable rendue par Bruxelles.
L'Association internationale du transport aérien (IATA) a déploré un vote qui "risque de déstabiliser le consensus difficilement acquis au niveau international sur la réduction des émissions carbone dans l'aviation".
Un second marché du carbone (ETS2) est prévu pour le chauffage des bâtiments et les carburants routiers.
Les ménages paieront un prix du carbone sur le carburant et le chauffage à partir de 2027, mais le texte vise à plafonner celui-ci à 45 euros/tonne au moins jusqu'en 2030, et si la flambée actuelle des prix énergétiques se poursuivait, l'entrée en application serait repoussée à 2028.
Des eurodéputés écologistes et de gauche ont toutefois souligné que ce plafond n'était pas garanti. "Le prix sera fixé par le marché", a noté l'eurodéputée française Marie Toussaint (Verts).
- "Taxe carbone" aux frontières -
L'importateur devra déclarer les émissions liées au processus de production, et si celles-ci dépassent le standard européen, acquérir un "certificat d'émission" au prix du CO2 dans l'UE. Si un marché carbone existe dans le pays exportateur, il paiera seulement la différence.
Il visera les secteurs jugés les plus polluants (acier, aluminium, ciment, engrais, électricité).
Les revenus attendus, qui pourraient dépasser 14 milliards d'euros annuels, alimenteront le budget général de l'UE.
Une période-test commencera dès octobre 2023, durant laquelle les entreprises importatrices devront simplement rapporter leurs obligations.
A mesure que montera en puissance, entre 2026 et 2034, cette "taxe carbone" aux frontières, l'UE supprimera progressivement les quotas d'émission gratuits alloués aux industriels européens pour leur permettre d'affronter la concurrence extra-européenne.
- Fonds social -
Doté de 86,7 milliards d'euros, un Fonds social pour le climat destiné à aider les micro-entreprises et les ménages vulnérables dans cette transition énergétique, doit voir le jour en 2026.
Les recettes du nouveau marché du carbone (ETS2) viendront alimenter l'essentiel de ce fonds.
Il est destiné à financer des mesures temporaires de soutien direct aux revenus pour faire face à l'augmentation des prix du transport routier et du chauffage, mais aussi des investissements à long terme, comme la rénovation des bâtiments, l'intégration des énergies renouvelables, l'achat et les infrastructures pour les véhicules à émissions nulles ou faibles, ainsi que l'utilisation des transports publics et des services de mobilité partagée.
Mais pour l'eurodéputée française Manon Aubry (GUE/NGL, gauche radicale), ce fonds social "ne compensera pas tout" l'impact de l'extension du marché carbone aux particuliers. "Rien n'a été appris des gilets jaunes", s'est-elle inquiétée.