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"Je veux que l'Europe change!" : les Néerlandais ont lancé jeudi quatre jours d'élections à travers l'Union européenne pour élire 720 eurodéputés, sur fond de poussée attendue des droites nationalistes.
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Cette longue séquence électorale s'achèvera dimanche, jour de vote en particulier en Allemagne et France. Près de deux ans et demi après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, 370 millions d'Européens sont appelés aux urnes dans un climat lourd, l'UE dénonçant des attaques de désinformation russes.
L'air est vif sous un soleil matinal à La Haye, quand les premiers électeurs se présentent à l'hôtel de ville.
Aux Pays-Bas, le Parti de la liberté (PVV) du dirigeant d'extrême droite Geert Wilders, vainqueur surprise des élections de novembre, est donné en tête avec un manifeste farouchement eurosceptique.
"Nous voulons moins d'immigration, nous voulons durcir les règles et politiques d'asile, nous voulons être à nouveau responsables de nos choix", a asséné jeudi M. Wilders, en sortant de l'isoloir à la mairie de La Haye.
Simone Nieuwenhuys, fonctionnaire de 48 ans, confie avoir voté pour lui : "Je veux que l'UE change, je veux une voix différente (...) que chaque pays garde sa propre souveraineté, sa propre identité".
Les Pays-Bas font partie des Etats dont le principal contingent d'eurodéputés devrait être issu de forces nationalistes, à l'instar de la France où Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national, caracole en tête des sondages ou de l'Italie, où la Première ministre Giorgia Meloni et son parti post-fasciste Fratelli d'Italia sont donnés gagnants.
Pour Nathalie Brack, professeure de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, la singularité de ces élections est moins la montée en puissance de la droite radicale qu'"une sorte de normalisation" de cette dernière.
"Leurs idées arrivent beaucoup plus sur l'agenda, l'idée d'une coopération avec certaines forces de droite radicale devient presque normale puisqu'il existe des coalitions au niveau national avec l'extrême droite", explique-t-elle à l'AFP.
- Quels "visages" pour l'Europe? -
L'une des premières tâches du nouveau Parlement sera de confirmer ou d'infirmer les choix des "top jobs", ces chefs des institutions de l'UE sur lesquels les dirigeants des 27 Etats membres tenteront de s'accorder lors d'un sommet prévu fin juin à Bruxelles.
Pour la présidence de la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen, en lice pour un deuxième mandat et issue du PPE (droite), principal groupe au Parlement, apparaît en bonne position, même si une surprise ne peut être exclue.
Si elle est choisie par les Vingt-Sept, "VDL" devra encore franchir le cap du Parlement, a priori lors d'une session plénière à Strasbourg mi-juillet. Un rejet et la quête d'un nouveau candidat retarderaient l'ensemble du processus.
"La capacité à naviguer par gros temps requiert d'aller vite", souligne Sébastien Maillard, de l'Institut Jacques Delors, en insistant sur l'impact, en termes d'image, que pourrait avoir un flottement dans la désignation des "visages de l'Europe".
- "Cohésion face à Poutine"-
"Ce qui se joue, c'est la capacité européenne à incarner la démocratie, à trouver des compromis, à garder un minimum de cohésion (...) face à Poutine, à la Chine, au futur président américain", explique-t-il à l'AFP, alors que l'élection du 5 novembre outre-Atlantique pourrait voir revenir Donald Trump à la Maison Blanche.
Si la "grande coalition" des trois principaux groupes actuels (droite, socialistes, centristes) devrait conserver la majorité, sa marge de manœuvre pourrait être beaucoup plus réduite, et elle pourrait avoir besoin de forces d'appoint, laissant augurer d'intenses tractations.
Selon les enquêtes, le PPE devrait rester la première force politique, suivi des sociaux-démocrates. L'enjeu est la troisième position, actuellement occupée par Renew Europe (comprenant le parti Renaissance d'Emmanuel Macron), donné en baisse et menacé par la poussée des deux groupes de droite radicale : les Conservateurs et réformistes européens (ECR) et Identité et démocratie (ID, comprenant notamment le RN français).
Le taux de participation sera scruté avec attention, pour voir en particulier si le sursaut de 2019 - la barre des 50% avait été franchie - se confirme.
"Ne prenez pas l'Europe comme acquise. Défendez-la, façonnez-la, utilisez votre vote. Sinon, d'autres décideront à votre place", a exhorté la présidente (PPE) du Parlement européen Roberta Metsola.