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Toujours malade et désormais hospitalisé, Dominique Pelicot, l'accusé principal du procès des viols de Mazan, qui devait s'exprimer pour la première fois mardi, ne pourra être interrogé comme prévu et une suspension du procès est désormais sérieusement envisagée par le président de la cour criminelle de Vaucluse.
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"Il est hospitalisé aujourd'hui même", a expliqué son avocate, Me Béatrice Zavarro, à la mi-journée de ce septième jour d'audience où son client devait être entendu pour la première fois, à Avignon, à 16h00.
Face à cette annonce, le président de la cour, Roger Arata, a ordonné une expertise médico-légale de la santé de l'accusé et répété qu'il pourrait demander la suspension du procès, "le temps que son état s'améliore". Dès l'ouverture de l'audience mardi, constatant la nouvelle absence de l'accusé, malade depuis lundi, le magistrat avait évoqué une interruption de ce procès hors norme pour plusieurs jours.
"Ça n'aurait aucun sens de continuer hors sa présence, parce qu'un procès criminel ne se tient pas hors la présence d'un accusé", a confirmé Me Zavarro.
Une position partagée par les parties civiles. "Madame Pelicot, comme ses enfants, ne souhaitent pas déposer hors sa présence", avait déclaré plus tôt mardi matin un de leurs avocats, Me Stéphane Babonneau, avant l'officialisation de cette hospitalisation: "Il y a une absolue nécessité que monsieur Pelicot soit pris en charge médicalement et qu'il puisse assister aux débats".
Lundi matin, Dominique Pelicot, 71 ans, était apparu très diminué en pénétrant dans son box, aidé de sa canne mais en s'appuyant aussi contre la vitre. Son avocate avait indiqué qu'il souffrait de douleurs intestinales.
Ces douleurs "pour lesquelles il n'a pas forcément reçu de soins sur les 48 heures du week-end" auraient débuté vendredi, a précisé Me Zavarro mardi, assurant que ce n'était pas une manoeuvre de la part de son client.
"J'ai entendu ce matin dans la salle d'audience des choses laissant entendre que manifestement son absence serait à dessein. Pas du tout ! Pour qu'on soit très clair, M. Pelicot ne s'est pas dérobé. M. Pelicot ne se dérobera pas. M. Pelicot sera là, il répondra à toutes les questions", a-t-elle insisté.
- "Basse besogne" -
Et aucun risque ne plane sur le procès, selon elle: "L'amplitude d'agenda de quatre mois a été suffisamment large, j'espère, pour pouvoir caler un rattrapage éventuel des séquences qui n'auront pas eu lieu".
Accusé d'avoir drogué, violé et fait violer son épouse par des dizaines d'hommes recrutés sur internet, de juillet 2011 à octobre 2020, principalement à leur domicile de Mazan (Vaucluse), Dominique Pelicot n'a donc pas entendu mardi matin la déposition de Stéphan Gal, le second directeur d'enquête de ce dossier tentaculaire pour lequel il est jugé aux côtés de 50 autres hommes, âgés de 26 à 74 ans.
Une déposition lors de laquelle celui-ci a confirmé les dires de son collègue, le commissaire divisionnaire Jérémie Bosse Platière, auditionné la semaine dernière: à la vue des milliers de photos et vidéos des faits méticuleusement enregistrées et classifiées par son désormais ex-mari, aucun des agresseurs "ne pouvait ignorer que Gisèle Pelicot était inconsciente".
"Certains sont revenus à plusieurs reprises d'ailleurs, et tous ne pouvaient pas ne pas être conscients qu'elle était dans un état d'inconscience profond, pour venir effectuer leur basse besogne", a-t-il estimé.
Evoquant l'interrogatoire d'un des accusés, Mathieu D., alias "Gaston", 62 ans, lors de l'enquête, le policier a expliqué que celui-ci "savait que Dominique Pelicot allait endormir sa femme": "Mais il pensait que ça faisait partie d'un +jeu sexuel+. Il dit que cela lui avait été présenté +comme un scénario et qu'il avait foncé, naïvement, tête baissée+".
C'est là toute la question principale de ce procès, où 35 des 51 accusés reconnaissent les actes sexuels mais contestent l'intention de violer, prétendant avoir été "manipulés" par M. Pelicot.
Plusieurs experts entendus lundi avaient évoqué le penchant du principal accusé "à considérer l'autre comme un objet qu'on peut manipuler".
Ce procès hors norme suscite toujours un intérêt énorme, comme en témoigne le nombre croissant de journalistes du monde entier présents à Avignon, mais aussi le public qui se masse désormais quotidiennement pour assister aux retransmissions des audiences dans une salle annexe.
Gisèle Pelicot avait dès l'ouverture du procès annoncé vouloir que les débats soient "publics" pour que son cas serve "d'exemple" pour d'autres victimes de soumission chimique.
Ce public, hommes, femmes de tous âges, restait silencieux, certains écarquillant les yeux ou se plaçant une main devant la bouche, lorsque l'enquêteur entendu dans la matinée décrivait sans éluder les détails les plus crus les faits qui se sont déroulés dans la chambre du couple Pelicot.