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Des affrontements ont opposé dimanche policiers et paysans dans le département bolivien de Cochabamba, bastion de l'ancien président Evo Morales, au lendemain de l'entrée en vigueur de l'état d'exception décrété pour mettre fin à des semaines de contestation.
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La circulation reprenait néanmoins progressivement sur une grande partie du pays après le déploiement de la police et de l'armée pour lever les barrages. "Nous voyons une ville de La Paz qui commence à retrouver son calme", a déclaré à l'AFP sur un marché Victor Hugo Angulo, 61 ans.
Le chef de l'Etat de centre droit Rodrigo Paz a décrété l'état d'exception sur l'ensemble du territoire après sept semaines de manifestations et de blocages routiers pour réclamer sa démission. Arrivé au pouvoir en novembre, il a mis fin à 20 ans de gouvernements socialistes.
Les derniers foyers de résistance se situent dans le département de Cochabamba, dans le centre du pays. Plusieurs affectent des axes stratégiques reliant l'ouest de la Bolivie à la région de Santa Cruz, principal centre agricole national.
Alors que policiers et militaires avaient jusque-là levé les barrages routiers sans incident majeur, de premiers affrontements se sont produits dans la localité de Llavini, dans le département de Cochabamba.
Selon un collaborateur de l'AFP sur place, la police a tiré des gaz lacrymogènes tandis que les paysans répondaient par des jets de pierres et de cartouches de dynamite depuis des collines surplombant la route.
"Ils m'ont lancé des pierres et ont fait exploser de la dynamite près de mon camion", a témoigné Giovany Colque, un chauffeur routier qui circulait sur cet axe, devant son véhicule dont le pare-brise montrait plusieurs impacts.
Alors que la Bolivie connaît sa plus grave crise économique depuis plus de quarante ans, une vaste coalition de syndicats, de groupes indigènes et de cultivateurs de coca s'est mobilisée contre le gouvernement.
Celui-ci est cependant parvenu à conclure des accords avec certaines organisations, dont la Centrale ouvrière bolivienne (COB), à l'origine de la contestation, qui a suspendu son mouvement. Des groupes de paysans et les cultivateurs de coca alliés à Evo Morales ont rejeté tout compromis.
Les actions de protestation ont provoqué de graves pénuries de carburant, de nourriture et de médicaments dans plusieurs villes, notamment à La Paz, le siège du gouvernement, et dans la ville voisine d'El Alto.
Après le déblaiement des routes sur le haut plateau de l'Altiplano, des camions transportant de l'essence et du diesel ont recommencé à affluer vers ces deux cités.
- Chapare sous tension -
Les forces de sécurité ont aussi œuvré dimanche pour la deuxième journée consécutive au déblocage d'un axe entre La Paz et Oruro, plus au sud, rouvrant l'accès à un oléoduc essentiel à l'acheminement de carburant depuis le Chili voisin.
Le ministre des Hydrocarbures, Marcelo Blanco, a assuré que des camions-citernes arrivaient dans les principales villes du pays.
L'état d'exception, d'une durée de 90 jours, permet le déploiement de l'armée, restreint le droit de manifester et interdit de bloquer les routes.
Rodrigo Paz a expliqué avoir décidé de mettre en œuvre cette mesure "après avoir épuisé toutes les voies du dialogue, conclu des accords avec ceux dont les revendications étaient légitimes et identifié ceux qui recouraient à la violence pour tenter de déstabiliser la Bolivie".
Il a averti que ceux qui maintiendraient les blocages s'exposeraient à "toute la rigueur de la loi", dénonçant une "tentative de coup d'Etat menée par le narcoterrorisme".
M. Paz accuse Evo Morales d'être à la tête de la contestation et de recevoir un soutien financier de la part des trafiquants de drogue, sans toutefois fournir de preuves à l'appui.
Dans un entretien dimanche avec une radio locale, Evo Morales a affirmé que le gouvernement cherchait à l'impliquer dans le trafic de drogue "sur instruction des Etats-Unis".
Le dirigeant indigène et ancien cultivateur de coca est réfugié depuis deux ans dans le Chapare, où ses partisans empêchent l'exécution d'un mandat d'arrêt émis dans une affaire de traite présumée d'une mineure. Evo Morales rejette cette accusation et dénonce une persécution politique.