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Accusé d'utilisation de l'IA et de plagiat, l'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien a été exclu vendredi de la course au prix Goncourt pour son roman "C'était ça ou mourir", après avoir déjà vu sa promotion suspendue au Canada.
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Cette décision "est dictée par la volonté de préserver l'intégrité du prix Goncourt et celle de l'Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes", explique dans un communiqué transmis à l'AFP l'Académie, qui avait placé le roman publié chez Grasset dans sa première sélection pour le prestigieux prix décerné le 4 novembre.
Pour l'Académie, le livre, l'un des best-sellers de la rentrée, "est selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle".
Les éditions du Boréal, basées à Montréal, ont annoncé suspendre "les activités promotionnelles" autour du livre du romancier de 38 ans, présent en France depuis plusieurs semaines pour sa promotion.
Le livre, publié au printemps, a été vendu à de nombreux éditeurs étrangers, dont Grasset en France.
Cette suspension a été décidée pour "assurer le bien-être de Thélyson Orélien". "Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d'infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l'auteur fait face", a expliqué Boréal, appelant cependant à ne pas "tirer de conclusions hâtives".
- "Me faire taire" -
Toujours au Canada, le Salon du livre de l'Estrie, au Québec, a également annoncé jeudi exclure de sa programmation l'auteur, indiquant "qu'il retire à M. Thélyson Orélien le titre d'invité d'honneur et l'invitation à participer aux deux activités qui figuraient à la programmation".
En France, l'écrivain poursuivait jeudi sa tournée de promotion, présentant son livre devant plusieurs centaines de personnes, qui l'ont applaudi, au festival du livre de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).
Visiblement fatigué, le romancier a indiqué à l'AFP qu'il était "prêt à (s')exprimer quand tout sera calme". "Parce que maintenant, il y a quand même cette volonté, non seulement d'attaquer le livre, mais surtout ma voix (...), de me faire taire", a-t-il ajouté.
Après plusieurs jours de mystère, le voile a été partiellement levé vendredi sur le compte anonyme "Balance ton Claude", à l'origine des accusations de recours à l'IA.
L'essayiste Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, a reconnu vendredi sur X faire partie de ce "projet collectif", dont les autres acteurs n'ont pas révélé leur identité à ce stade.
- "Disparition de l'écriture" -
Il a expliqué avoir agi en défense de la littérature. "Pourtant plutôt techno-optimiste, je redoute qu'après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l'écrit, l'IA provoque la disparition de la lecture et de l'écriture", écrit-il dans un long message.
"Ni les idées politiques d'Orélien ni le thème de son livre ne nous importaient", a-t-il assuré, alors que "C'était ça ou mourir" raconte le périple à travers douze pays d'un professeur d'histoire-géographie qui fuit son pays englué dans la violence des gangs.
"ça n'empêche pas que le bouquin est formidable", soufflait jeudi dans le public à Manosque, Serge Nacmias, retraité.
"Je trouve qu'il y a une espèce d'hypocrisie dans le monde de la création littéraire en général, où on fait semblant de ne pas recourir à l'IA. Et ça semble assez évident qu'on y a bien recours, qu'on l'utilise quand même", a aussi réagi l'une des participantes au festival, Emilie Giuliano, bibliothécaire de 44 ans.
Cette affaire est la première liée à l'IA à secouer le monde littéraire français qui, jusqu'à présent, n'a pas établi de règles collectives face au développement très rapide de cet outil.