Après les pires incendies depuis des décennies en France, les pompiers de Gironde et des Landes redoutent la "réitération" de mégafeux pouvant aller "plus vite que notre armement" et appellent à garder un "coup d'avance" via le matériel et l'aménagement forestier.
- 2026, un été record ? -
Avec environ la moitié des 98.000 hectares brûlés cet été, un record depuis 1976, l'immense massif des Landes de Gascogne dans le Sud-Ouest a été particulièrement éprouvé: le mégafeu de Saumos (42.000 hectares) a menacé la métropole bordelaise, tandis que 6.000 hectares ont été ravagés dans les Landes.
"Les phénomènes caniculaires très précoces (...) ont généré des incendies d'une ampleur jusqu'à présent peu connue", résume le colonel Arnaud Fabre, directeur du Service départemental d'incendie et de secours des Landes (Sdis 40).
"Cette saison va rester dans la mémoire" des pompiers girondins, complète son homologue, le contrôleur général Marc Vermeulen.
Endeuillé le 21 juillet par la mort en opération de deux sapeurs-pompiers près de Bordeaux, le Sdis 33 a affronté dès le lendemain à Saumos un incendie rapidement hors de contrôle, puis un "pyrocumulonimbus" (orage de feu). Au Porge, plus de 180 maisons ont été détruites.
Pour Marc Vermeulen, ce phénomène, documenté au Canada ou en Australie, était "redouté" en France, mais pas avant "20-25 ans".
Le réchauffement climatique induit cependant déjà des saisons d'incendie plus longues, des sécheresses plus fréquentes et des événements météorologiques (canicules, inondations, tempêtes...) qui accaparent et épuisent les sapeurs-pompiers, appelés à faire grève. Plusieurs milliers se mobilisent lundi à Paris.
"On sort de cette saison marqués au fer rouge", admet Marc Vermeulen, conscient qu'une "colère monte dans les rangs parce que le problème de financement des Sdis (assuré notamment par des départements très endettés, NDLR) n'est pas nouveau."
"Les équipes sont fatiguées", abonde Arnaud Fabre. "C'est un jour sans fin."
- Des "pyrocumulonimbus" chaque année ? -
"Cheminée" générant son propre vent, le "pyrocumulonimbus" a ravagé 70 terrains de rugby à la minute et dégagé une puissance "au-delà du seuil de la douleur à 50 mètres".
"On a été un certain nombre à avoir peur", admet Marc Vermeulen, décrivant des pompiers n'arrivant pas à distancer le feu en roulant à 80 km/h, condamnés à "se replier et se protéger" car "ce n'est pas le moment de la lutte", mais qui ont néanmoins fait preuve d'un "engagement total".
Arnaud Fabre évoque aussi des vents "erratiques" et des feux imprévisibles qui ont "totalement déstabilisé" l'organisation des pompiers.
"L'enjeu est d'éviter au maximum dans les années futures" ces feux auto-alimentés, friands de sécheresse, de températures caniculaires et d'instabilité atmosphérique, note Marc Vermeulen, redoutant des "conditions qui peuvent être réunies n'importe où en France", des Vosges à la Bretagne.
"Il faut éviter l'éclosion du feu, c'est aussi bête que ça", confirme Arnaud Fabre, appelant à limiter "l'accès au massif, les barbecues, les travaux en forêt". Il s'interroge aussi sur le risque de "réitération" et de "simultanéité" de plusieurs mégafeux sur un même territoire.
"On a assez peu de recul mais on commence à travailler sur ces questions, en s'associant à des chercheurs pour mener la réflexion le plus vite possible", ajoute-t-il.
- Quels matériels et quelles précautions ?
"Les impacts du réchauffement climatique vont plus vite que notre armement", assure Marc Vermeulen, qui essaye néanmoins d'anticiper pour avoir "un coup d'avance".
Il suggère d'affiner la doctrine française d'attaque prioritaire des feux naissants, en tenant compte du "combustible" végétal "disponible", et réaffirme le besoin d'une "disponibilité" de moyens aériens à proximité du massif et capables en outre de voler la nuit.
Après les mégafeux de 2022 en Gironde, des élus avaient appelé, en vain, à prépositionner des Canadairs dans le Sud-Ouest.
Arnaud Fabre salue l'emploi "très intéressant" dans les Landes de l'hélicoptère lourd bombardier d'eau Chinook (11.000 litres de capacité, le double d'un Canadair), prêté par l'Australie et susceptible d'être "engagé de nuit".
Il souligne aussi la pertinence de "l'école landaise" d'attaque des incendies et la "culture du feu de forêt" entretenue dans son département, moins peuplé que la Gironde et plus "adapté" à la mobilisation, notamment grâce aux "citernes, puits et pistes" dans le massif.
Marc Vermeulen appelle, lui, à repenser "l'interface forêt-habitat" en Gironde avec des "interruptions de combustible".
Il réclame enfin du matériel roulant "plus rustique": "On a de plus en plus d'électronique, de choses liées à l'application des normes environnementales et on a besoin de pouvoir déroger sur un certain nombre de points", conclut-il.
S.Leysen--LCdB