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Estivants, résidents, ce sont 40.000 personnes qui étaient évacuées vendredi de la très touristique presqu'île du Cap-Ferret, par route et par mer, face au "plus gros feu de la saison", selon le ministre de l'Intérieur, qui dévore la forêt en Gironde mais aussi dans les Landes voisines.
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L'incendie parti mercredi de Saumos (Gironde), progressant dans une forêt de pins dense et qui menace la presqu'île boisée du Cap-Ferret, a déjà "parcouru plus de 10.000 hectares", a indiqué à l'AFP Laurent Nuñez, en faisant "le plus gros feu de la saison".
Pour le moment, il n'y a aucune victime à déplorer mais "80 maisons ont été brûlées, dont une cinquantaine ont été détruites", a précisé le ministre.
Selon la mairie d'Arcachon, plus de 400 personnes sont déjà arrivées par bateau depuis la presqu'île, plusieurs centaines de personnes débarquant sur la jetée avec leurs bagages.
A Lège, Julie Boisvert, la trentaine, est arrivée après avoir été évacuée cette nuit de la commune du Porge où elle était chez ses beaux-parents et commençait "à se sentir encerclée" par la progression du feu. "Les gendarmes ont sonné à toutes les portes, on avait déjà préparé des valises au cas où, mais ils nous ont laissé 2 min et ont bien vérifié que plus personne n'était dans la maison".
La famille est partie en voiture, avec leurs deux enfants de 5 et 2 ans "qu'on rassure depuis déjà deux jours", a raconté à l'AFP la mère de famille, depuis cette commune épargnée mais où la fumée âcre pique les yeux et où les commerces sont fermés.
Ce plan d'évacuation complet, inédit, préparé en 2023 par les autorités locales, a été conçu pour évacuer "10.000 à 14.000 personnes dans les 24 heures, en priorisant les personnes vulnérables", d'après la préfecture girondine.
Il a été activé face à la progression de l'incendie d'origine probablement accidentelle, lié semble-t-il à un débroussaillage à Saumos selon plusieurs sources, et dont l'ampleur ravive le spectre des méga-feux de l'été 2022 dans le département.
- "Le vent forcit" -
Jean Gonçalves, 54 ans, habite Lège-Cap-Ferret depuis 30 ans et a quitté sa maison en catastrophe après avoir vu le chalet en bois de son voisin prendre feu. "C'est une catastrophe, c'est horrible", a-t-il témoigné tôt vendredi pour l'AFP en short et claquettes, un tee-shirt noué autour du bas de son visage.
Un pompier en intervention à Lège a été blessé par une explosion, probablement d'une bouteille de gaz. Aucun nouveau blessé n'est à déplorer vendredi matin, a précisé la préfecture.
Selon le Service d'incendie (Sdis) 33, la "sécheresse du massif est pire qu'en 2022", où près de 30.000 hectares avaient brûlé, rendant les conditions de lutte "plus difficiles".
Face à une situation "sous très forte tension", le président Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (UE) et avoir obtenu le renfort de moyens aériens qui devrait arriver "rapidement".
Dans son point de 7H00, la préfecture a décrit une "situation très évolutive et défavorable". Quelque 600 sapeurs-pompiers sont mobilisés.
Le préfet des Landes, Gilles Clavreul a décrit à l'AFP , depuis le PC des pompiers, un feu qui "est pour le moment sur un front d'environ 10 à 15 km sur la commune de Biscarrosse, qui est sur la partie intérieure de la commune, Biscarrosse-Bourg ou Biscarrosse-Ville (...) Et c'est la quasi-totalité du Bourg qui est à proximité immédiate des flammes".
"La zone artisanale de Biscarrosse a été fortement impactée" et l'évaluation des dégâts matériels "est en cours", a ajouté M. Clavreul.
Une des entrées de la ville est déserte, fermée à la circulation et enveloppée dans un brouillard de fumée et d'une odeur étouffante de brûlé, selon une journaliste de l'AFP. Seuls circulent des camions citernes de pompiers, dans un décor de route bordée de troncs de pins calcinés.
Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint du Sdis 40, redoute vendredi une "journée encore plus criante" car "le vent forcit et change de sens", après un jeudi de "feu apocalyptique".
- seuil des 50.000 ha dépassé -
"On a dépassé le seuil des 50.000 hectares qui ont été brûlés depuis le 1er janvier de cette année. Donc si vous prenez la référence par rapport à l'an passé, c'est quasiment fois trois", a-t-il indiqué à l'AFP.
Dans le sud-est, les sapeurs-pompiers du Var comptent sur une météo plus favorable pour travailler au "contrôle et au noyage" de l'incendie en cours depuis quatre jours, mais estiment encore "prématuré" de le "fixer", tandis qu'en Haute-Corse, un camping a été évacué préventivement.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude publiée jeudi par des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère.
Les incendies surviennent après que deux sapeurs-pompiers sont morts, mardi, lors d'un feu près de l'aéroport de Bordeaux, après un précédent décès en Savoie début juillet. Les syndicats de la profession dénoncent un manque de moyens et "l'épuisement" des troupes.