"C'est catastrophique": face à un manque de pluie prolongé un peu partout en France, les champignons sauvages se font rares, au grand dam des amateurs qui peinent à en trouver tandis que l'automne avance, soulignent des spécialistes.
"Il y a beaucoup moins de champignons sauvages que les années précédentes, à cause de la sécheresse", a déclaré à l'AFP Pierre Scaglia, directeur général de Paris Saveurs, dont la société, installée au marché de Rungis et spécialisée dans le champignon sauvage, rencontre de ce fait des "difficultés".
Mi-octobre, Marianna Muneretto, de l'association mycologique de Toulouse, accompagne quatre apprentis cueilleurs pour une sortie dans la forêt communale de Rieumes (Haute-Garonne), qui s'étend sur près de 380 hectares au sud-ouest de la Ville rose.
Elle les emmène visiter ses coins préférés pour trouver des spécimens à fournir aux étudiants toulousains de pharmacologie, dont le cursus prévoit qu'ils soient formés à identifier les champignons toxiques voire mortels, afin de pouvoir avertir leurs futurs clients d'éventuels dangers.
Après un début de balade plein d'espoir, la sortie de plusieurs heures est finalement décevante : les cinq promeneurs ne trouveront que trois champignons, aucun comestible, et un seul, un polypore écailleux, vaudra le coup d'être présenté aux étudiants.
- Bredouille -
Bredouille après avoir longuement longé le lit d'un petit cours d'eau réduit à peau de chagrin, Marianna Muneretto s'inquiète.
"Je n'ai jamais connu ce ruisseau aussi sec. Que je ne trouve rien le long du ruisseau à cette époque-ci, c'est la première fois que ça m'arrive. (...) je fais partie de l'association mycologique de Toulouse depuis 2006, ça fait quand même 20 ans, et je n'ai jamais trouvé ce bois dans cet état-là", confie-t-elle.
"Je voulais trouver des amanites phalloïdes, c'est important qu'ils (les étudiants en pharmacologie, ndlr) les connaissent, les champignons mortels. Mais on n'en a pas trouvé cette année. Pas une seule (...) C'est catastrophique, parce que les gens ont besoin de connaître pour éviter les confusions", soupire-t-elle.
La France connaît un manque d'eau "record", dû à la "sécheresse exceptionnelle que l'on a connue cet été (...) et à un mois de septembre très déficitaire" en pluie, décrit auprès de l'AFP Simon Mittelberger, climatologue chez Météo-France, évoquant des sols dont le taux d'humidité est inférieur à ce qu'il est habituellement en plein été.
Cette semaine, relativement pluvieuse, a permis à la terre d'absorber un peu d'eau, note-t-il, "mais les sols sont tellement secs, aujourd'hui, que cette réhumidification ne permettra pas de retrouver un niveau normal pour la saison".
- "Spaghetti" -
Les champignons que l'on ramasse ou qu'on achète au supermarché ne sont que les excroissances visibles à la surface d'un réseau de filaments souterrains, sorte de "plat de spaghetti" appelé "mycélium", véritable corps du champignon, explique à l'AFP Catherine Lenne, enseignante-chercheuse en botanique à l'université Clermont-Auvergne.
"Les mycéliums, à mon avis, ont morflé", dit-elle pour expliquer la rareté de champignons en ce début d'automne.
"Il faut espérer que le système soit simplement au ralenti et que tout va se remettre en place dès que l'eau sera à nouveau présente", ajoute-t-elle.
Les champignons sont en effet "fondamentaux" car "ils vivent en symbiose avec les racines et (...) aident les arbres à se nourrir, à puiser l'eau minérale dans le sol", poursuit Mme Lenne.
"Ramasser un panier entier de champignons, ça fait longtemps que ça ne m'est pas arrivé", relève Luc Peletengeas, 75 ans, l'un des quatre promeneurs de la forêt de Rieumes.
"La pluie en août ou en septembre, ça devient rare", souligne cet ancien ingénieur agronome qui a gardé de son enfance dans le Périgord, territoire où le champignon est "religion", le goût de la cueillette.
U.Smet--LCdB