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La Russie a annoncé jeudi avoir enregistré cinq violations du cessez-le-feu au Nagorny Karabakh, au lendemain de son instauration dans le cadre de la capitulation des séparatistes arméniens face à une offensive éclair de l'Azerbaïdjan, alors que les parties se disent prêtes à poursuivre les pourparlers entamés dans la journée.
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"Depuis la conclusion de l'accord de cessation des hostilités, cinq violations du cessez-le-feu ont été enregistrées dans les districts de Chucha (deux) et de Mardakert (trois)", a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué.
Toutefois, malgré des "violations isolées", le cessez-le-feu entré en vigueur mercredi est "globalement" respecté, a estimé Nikol Pachinian.
Aroutioun Gasparian, un homme d'affaires de Stepanakert, a évoqué un échange de tirs à l'extérieur de la ville.
L'Azerbaïdjan et les séparatistes arméniens du Nagorny Karabakh sont prêts malgré tout à poursuivre les pourparlers entamés le jour même sur une réintégration de ce territoire sécessionniste où l'armée azerbaïdjanaise vient de remporter une victoire éclair.
A Bakou, la présidence, qui a qualifié de "constructives" les deux heures de discussions qu'ont eues les protagonistes à Yevlakh, une ville à 295 km à l'ouest de la capitale, a annoncé qu'une nouvelle réunion aurait lieu "le plus rapidement possible".
"Les parties ont insisté sur la nécessité de discuter de tous les problèmes existants dans un environnement paisible et ont fait part de leur disposition à poursuivre les réunions", ont pour leur part commenté les séparatistes dans un communiqué.
Six hommes s'étaient assis autour d'une table. Parmi eux, un représentant du Nagorny Karabakh était visible, David Melkoumian.
La veille, Hikmet Hajiev, un conseiller du président azerbaïdjanais Ilham Aliev, avait assuré que l'Azerbaïdjan avait "pour objectif la réintégration pacifique des Arméniens du Karabakh", qui y sont majoritaires.
- "jour de honte" -
Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a accusé jeudi la Russie, dont un contingent est déployé au Nagorny Karabakh depuis la dernière guerre de 2020, d'avoir failli à sa mission de maintien de la paix dans le territoire sécessionniste.
"Je ne pense pas que nous devons fermer les yeux sur l'échec du contingent de (maintien de la) paix au Nagorny Karabakh", a déclaré Nikol Pachinian, lors d'une allocution télévisée.
De son côté, l'Azerbaïdjan a donné le même jour pour la première fois le chiffre des soldats de la paix russes tués - au nombre de six - lors de deux incidents séparés pendant l'offensive de Bakou au Nagorny Karabakh.
Le président Aliev a présenté jeudi "ses excuses" à M. Poutine pour ces militaires tombés au cours de l'offensive.
Sur la place centrale d'Erevan, la capitale de l'Arménie, des milliers de manifestants étaient rassemblés devant le bureau du Premier ministre dénonçant un risque de "génocide" au Karabakh.
"Nous devons sauver les enfants du Karabakh du génocide !", pouvait-on lire sur une banderole, parmi de nombreux drapeaux arméniens agités par les manifestants.
"J'ignore où sont les membres de ma famille. Sont-ils en vie ? Nous sommes devant un génocide", a lancé Anush Hyusnunts, une infirmière de 48 ans originaire du Karabakh.
La capitulation des séparatistes a fait monter la pression sur le Premier ministre arménien, accusé de ne pas les avoir aidés.
Jeudi, le chef du gouvernement a exhorté les Arméniens à emprunter "le chemin" de la paix, même s'il n'est "pas facile".
Nikol Pachinian "a mené le pays à la catastrophe", a déclaré à l'AFP Galia Karamyan, économiste de 56 ans.
"C'est notre jour de honte. Nikol nous a volé notre patrie", a ajouté Arkady Balayan, pharmacien de 32 ans.
Les rues de Stepanakert, la capitale du Nagorny Karabakh, sont "remplies de personnes déplacées, affamées et apeurées", a raconté jeudi Gegham Stepanian, le responsable de l'autorité séparatiste pour la défense des droits.
"Les gens sont désespérément à la recherche les uns des autres", a-t-il poursuivi sur X, anciennement Twitter.
Au cours d'une conversation téléphonique avec son homologue azerbaïdjanais, le président russe Vladimir Poutine a demandé que "les droits et la sécurité" des Arméniens du Nagorny Karabakh soient garantis.
L'Arménie a promis qu'aucune évacuation de masse n'était prévue.
Elle est cependant préparée pour accueillir "40.000 familles" de réfugiés, a assuré jeudi Nikol Pachinian, même si aucune "menace directe" ne pèse sur la population locale.
A Genève, l'Arménie, qui a qualifié de "crime contre l'humanité" l'opération azerbaïdjanaise, avait plus tôt dénoncé devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU un "nettoyage ethnique".
Plus de 10.000 personnes, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été évacuées du Nagorny Karabakh, a fait savoir mercredi soir un responsable séparatiste.
Environ la moitié d'entre elles ont été prises en charge par les soldats de la paix russes, déployés dans cette région depuis la fin de la dernière guerre à l'automne 2020.
- Conseil de Sécurité de l'ONU -
Selon le dernier bilan des séparatistes arméniens, l'offensive azerbaïdjanaise qui s'est achevée en 24 heures mercredi à la mi-journée a fait au moins 200 morts et 400 blessés.
Acculés par la puissance de feu des unités azerbaïdjanaises et la décision de l'Arménie de ne pas leur venir en aide, les séparatistes ont accepté de remettre toutes leurs armes et de participer aux pourparlers.
En parallèle, une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU est prévue pour l'après-midi.
Craignant que la reprise des hostilités ne déstabilise tout le Caucase, les Occidentaux et la Russie, pour laquelle il s'agit d'une "affaire intérieure" de l'Azerbaïdjan, avaient appelé dès mardi à un arrêt immédiat des combats.
Les autorités azerbaïdjanaises avaient déclenché ce jour-là leur opération "antiterroriste" à la suite de la mort de six personnes dans l'explosion de mines posées, ont-elles affirmé, par des "saboteurs" arméniens.