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Des milliers d'habitants du Nagorny Karabakh se sont réfugiés en Arménie, malgré la promesse réitérée lundi par le président de l'Azerbaïdjan que seraient "garantis" les droits des Arméniens qui resteraient dans ce territoire séparatiste enclavé dont son armée a repris le contrôle la semaine dernière.
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Tous les habitants du Nagorny Karabakh, "quelle que soit leur ethnie, sont des citoyens de l'Azerbaïdjan", a déclaré Ilham Aliev. "Leurs droits seront garantis par l'Etat azerbaïdjanais", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse commune avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan au Nakhitchevan, une bande de terre azerbaïdjanaise nichée entre l'Arménie et l'Iran.
La visite du chef de l'Etat turc, qui joue un rôle majeur dans cette partie du Caucase, a une valeur symbolique forte, quelques jours seulement après la victoire éclair des soldats azerbaïdjanais contre les troupes de la "république" autoproclamée du Nagorny Karabakh. Cette région en majorité peuplée d'Arméniens et rattachée en 1921 à l'Azerbaïdjan par le pouvoir soviétique échappait de facto au contrôle de Bakou depuis une guerre au tournant des années 1990.
La Russie, qui voit le Caucase comme son pré carré et avait déployé il y a trois ans une force de maintien de la paix dans ce territoire après une brève offensive de l'Azerbaïdjan, a de son côté fermement rejeté lundi les critiques émises la veille par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian.
"Nous sommes catégoriquement contre les tentatives de faire porter une responsabilité sur la partie russe et les forces russes de maintien de la paix", a ainsi martelé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, rejetant tout "reproche" sur des manquements supposés.
La diplomatie russe est allée jusqu'à accuser l'Arménie, "otage des jeux géopolitiques de l'Occident", de chercher à "détruire" les relations entre les deux pays, dénonçant une "énorme erreur". Dépêché sur place lundi, le ministre russe de l'Intérieur, Vladimir Kolokoltsev, a rencontré le Premier ministre arménien à Erevan.
L'Union européenne devait de son côté recevoir mardi à Bruxelles de hauts représentants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan, deux anciennes républiques soviétiques qui se sont affrontées militairement au Nagorny Karabakh de 1988 à 1994 (30.000 morts) et à l'automne 2020 (6.500 morts).
A Erevan, comme tous les soirs depuis une semaine, des manifestants ont dénoncé l'inaction, selon eux, de M. Pachinian face à l'attaque de l'Azerbaïdjan. Ils étaient plusieurs milliers lundi soir, agitant le drapeau des séparatistes arméniens du Nagorny Karabakh sur la place centrale de la capitale arménienne.
- Afflux de réfugiés -
L'afflux sur le sol arménien de réfugiés du Nagorny Karabakh s'est poursuivi lundi, avec d'immenses files de véhicules signalées sur l'unique route reliant sa "capitale" Stepanakert à l'Arménie.
Dans la ville arménienne de Goris, le centre humanitaire installé dans les locaux du théâtre municipal ne désemplissait pas, a constaté un journaliste de l'AFP.
Toute la nuit, des réfugiés venaient pour se faire enregistrer, trouver une solution d'hébergement ou un transport vers d'autres régions d'Arménie.
Anabel Ghoulassian, 41 ans, originaire du village de Rev (Chalva en azéri), tout juste arrivée en minibus à Goris avec cinq de ses sept enfants et son mari, a raconté leur périple.
Au début des combats, la semaine dernière, ils sont tous allés chercher protection dans la base russe de l'aéroport de Stepanakert.
Mais ils s'en sont fait expulser après la première nuit et ont ensuite vécu dans un bâtiment à l'abandon.
"C'étaient des jours horribles, on était simplement assis les uns à côté des autres. Riches ou pauvres, tous au même endroit", a-t-elle raconté.
- "Nulle part où aller" -
Valentina Asrian, 54 ans, qui habitait dans la localité de Vank, s'est présentée avec ses petits-enfants, dont le dernier-né qu'elle tient dans ses bras. "Qui aurait pu croire que les Turcs (le nom donné aux Azéris par la population locale, ndlr) entreraient dans ce village arménien historique... ?", dit-elle.
"Ils ont bombardé le village, il y a eu des blessés, le mari de ma sœur a été tué", ajoute Valentina. "Je n'ai pas de proches ici, nulle part où aller".
L'Azerbaïdjan s'est pour sa part engagé à permettre aux rebelles qui rendraient les armes de regagner l'Arménie.
Beaucoup craignent que les Arméniens ne fuient massivement le Nagorny Karabakh, au moment où les forces azerbaïdjanaises resserrent leur emprise sur le petit territoire montagneux peuplé de quelque 120.000 habitants. La situation humanitaire y demeure très tendue.
- "Retourner au Karabakh" -
Côté azerbaïdjanais, dans les localités proches du Nagorny Karabakh, comme Terter et Beylagan, beaucoup de ceux qui avaient dû à l'inverse quitter la région il y a trois decennies veulent y revenir.
"Bien sûr, je veux retourner au Karabakh, nous sommes fatigués de la guerre et de la peur", lâche Nazakat Valieva, 49 ans, une ancienne ouvrière qui a perdu son mari au cours du conflit.
"Si les Arméniens quittent le Karabakh, ce n'est pas grave, s'ils restent, c'est très bien pour eux, s'ils acceptent notre citoyenneté", commente Chemil Valiev, un commerçant de 40 ans à Gandja, la deuxième plus grande cité d'Azerbaïdjan.
Le bus dans lequel il s'apprête à monter porte une affiche montrant le visage juvénile d'un soldat azerbaïdjanais tué dans les affrontements de 2020.
L'Azerbaïdjan a annoncé lundi que deux de ses soldats avaient été tués la veille par l'explosion d'une mine. Côté arménien, le bilan annoncé est de 200 morts dans les affrontements de la semaine dernière.