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Les combats ont encore fait rage jeudi dans et autour des plus grandes villes de la bande de Gaza, deux mois après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée le 7 octobre par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien.
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Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a mis en garde mercredi contre un "effondrement total de l'ordre public bientôt" à Gaza, qui pourrait avoir "des conséquences irréversibles pour les Palestiniens dans leur ensemble et pour la paix et la sécurité dans la région", provoquant la colère d'Israël.
Le bilan dans le petit territoire palestinien assiégé et dévasté par les bombardements israéliens s'est encore alourdi jeudi pour atteindre 17.177 morts, à 70% des femmes et des moins de 18 ans, selon le ministère de la Santé du Hamas.
Appuyés par des frappes aériennes, des chars et des bulldozers, les soldats israéliens ont affronté jeudi les combattants du Hamas à Khan Younès, la plus grande ville du sud du territoire, ainsi que dans le nord, dans la ville de Gaza et le secteur voisin de Jabalia.
Dans le sud, des centaines de milliers de civils se sont massés depuis le début de la guerre à proximité de la frontière fermée avec l'Egypte, fuyant les combats dans le nord et confrontés à une situation humanitaire catastrophique.
Une partie d'entre eux ont été contraints ces derniers jours par l'armée israélienne de se déplacer à nouveau, acculés dans un périmètre de plus en plus exigu, fuyant vers la ville frontalière de Rafah, à mesure que les combats s'étendaient.
En riposte à l'attaque du 7 octobre, Israël a promis d'anéantir le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, et a lancé sur le territoire palestinien une intense campagne de frappes aériennes doublée depuis le 27 octobre d'une offensive terrestre.
Depuis la reprise des combats le 1er décembre après sept jours de trêve, l'armée a étendu son offensive au sol, menée dans le nord lors de la première phase de la guerre, à la partie sud du territoire, et a resserré son étau autour des principaux centres urbains de Gaza.
Au total, 87 soldats israéliens ont été tués depuis le début de l'offensive terrestre à Gaza, selon l'armée.
- Prier et pleurer -
Dans le nord, des dizaines de chars et véhicules blindés israéliens ont pénétré dans la vieille ville de Gaza. A Khan Younès, l'armée a annoncé jeudi avoir "tué des terroristes du Hamas et frappé des dizaines de cibles terroristes".
A l'hôpital Al-Aqsa, dans la ville de Gaza, 115 corps sont arrivés en 24 heures, selon Médecins Sans Frontières.
L'ONG israélienne de défense des droits humains B'Tselem a dénoncé une crise humanitaire directement "voulue" par Israël, comme "moyen de faire pression sur le Hamas".
A Rafah, des milliers de déplacés ont installé des camps de fortune, tentant de survivre dans le plus grand dénuement.
Abdullah Abou Daqqa, de Khan Younès, et désormais à Rafah, est à bout: "Depuis deux mois, on bouge d'un endroit à un autre, c'était les deux mois les plus durs. Nous avons beaucoup perdu (...), de l'argent, des enfants et nous nous sommes perdus nous-mêmes".
Il implore: "Ce n'est dans l'intérêt de personne de prolonger cette guerre, et nous sommes très fatigués, nous dormons dans la rue".
Arrivé lui aussi à Rafah, Ahmad Hajjaj, venu du camp de Chati, dans le nord, décrit une situation qui ne cesse d'empirer: "Nous n'avons pas de produits de première nécessité, la situation empire de jour en jour, et il n'y a pas de solution politique à l'horizon".
- Système de santé "à genoux" -
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué sur Twitter un système de santé "à genoux" dans la bande de Gaza, où la plupart des hôpitaux du nord ne fonctionnent plus tandis que ceux du sud, submergés par l'afflux de milliers de blessés, sont au bord de l'effondrement.
La bande de Gaza a été placée en état de siège total par Israël le 9 octobre, ce qui a provoqué de graves pénuries d'eau, de nourriture, de médicaments, d'électrité.
Le carburant, nécessaire au fonctionnement des générateurs dans les hôpitaux et aux équipements de dessalinisation de l'eau, manque aussi.
Le gouvernement israélien, dont le feu vert est nécessaire à l'entrée de l'aide depuis l'Egypte, a cependant autorisé la livraison d'un "supplément minimal" de carburant à Gaza pour éviter un "effondrement humanitaire" et des épidémies, deux jours après un appel en ce sens des Etats-Unis, son principal allié.
Selon l'ONU, 1,9 million de personnes, soit environ de 85% la population, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées.
La ville de Rafah est le seul endroit où de l'aide humanitaire est encore distribuée, en quantité limitée, selon l'ONU.
Mercredi, 80 camions transportant des vivres et du carburant y ont accédé, contre 170 par jour en moyenne pendant la trêve et 500 avant le 7 octobre, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).
"Nous essayons d'augmenter l'aide humanitaire", a assuré la Cogat, organisme du ministère israélien de la Défense supervisant les activités civiles dans les Territoires palestiniens.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré mercredi que les forces israéliennes "encerclaient la maison" à Khan Younès de Yahya Sinouar, le chef du Hamas dans la bande de Gaza, considéré comme l'architecte de l'attaque du 7 octobre.
"Sinouar se cache sous terre", a affirmé le porte-parole de l'armée Daniel Hagari, en allusion aux tunnels du Hamas dans Gaza.
- Là "où ma fille est morte" -
Deux mois après l'attaque du 7 octobre, s'est ouverte jeudi au public à Tel-Aviv une exposition temporaire consacrée à la mémoire des 364 personnes tuées par des combattants du Hamas alors qu'elles participaient au festival de musique Tribe of Nova dans le sud d'Israël.
Mercredi soir, les proches de victimes ont déambulé en silence dans cette reproduction à l'identique du site du festival.
Parmi les parents endeuillés, Amit Zender, 63 ans, vêtu d'un tee-shirt affichant la photo de sa fille Noa et les dates "2000-2023".
"Je suis venu voir à quoi ressemble ce festival où ma fille est morte", a-t-il confié, réclamant un "musée permanent".
La guerre a aussi ravivé les tensions à la frontière entre Israël et le Liban, où les échanges de tirs sont quotidiens entre l'armée israélienne et le Hezbollah chiite libanais, allié du Hamas. L'armée et les secours israéliens ont annoncé jeudi la mort d'un civil israélien, tué dans le nord d'Israël par un tir de missile antichar revendiqué par le Hezbollah.