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Les Thaïlandais ont voté dimanche pour une élection législative anticipée à laquelle l'opposition réformiste est donnée favorite, certains électeurs ayant particulièrement eu en tête le conflit frontalier avec le Cambodge au moment de glisser le bulletin dans l'urne.
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"Le bureau de vote est fermé", a annoncé le responsable de l'un de ceux du quartier de Watthana, à Bangkok.
Plus tôt, quelque 53 millions de Thaïlandais ont été appelés à voter dans un contexte économique morose. "La première chose à laquelle je veux que le prochain gouvernement s'attaque, c'est l'économie", a déclaré à l'AFP Khunpueng Chabankoh, 44 ans, ancienne restauratrice devenue agent d'entretien après avoir contracté "beaucoup de dettes", après avoir voté dans la capitale.
Le pays d'Asie du Sud-Est est concurrencé par le Vietnam en pleine expansion, et son secteur touristique vital n'a pas retrouvé son niveau d'avant la pandémie.
Et il risquerait fort de se voir barrer la route par une entente entre le parti conservateur Bhumjaithai et le parti populiste Pheu Thai, pressenti troisième, selon les analystes.
Le chef du Bhumjaithai et actuel Premier ministre Anutin Charnvirakul apparaît donc bien parti pour conserver son poste, auquel il a accédé en septembre après une période mouvementée où le pouvoir a évolué au rythme des dissolutions prononcées par la justice.
- "Souveraineté" -
Le prochain gouvernement devra en outre gérer un ancien conflit transfrontalier avec le Cambodge qui a dégénéré deux fois l'année dernière en affrontements meurtriers.
"Chaque fois que des affrontements éclatent, tout le monde ici éprouve de la détresse", a déclaré à l'AFP Yaowapa Panomram, 63 ans, depuis le bureau de vote de Buriram (est), ville natale d'Anutin Charnviraku. "Nous voulons la paix, mais nous devons aussi protéger notre souveraineté" et "je pense que le gouvernement actuel est sur la bonne voie".
Le Premier ministre sortant qui a redoublé de promesses nationalistes, a dit espérer que les électeurs "nous feront confiance", après avoir voté dimanche.
Le Parti du peuple, plébiscité par la jeunesse, préconise, lui, la fin de la conscription et la réduction du nombre de généraux.
Son chef de file, Natthaphong Ruengpanyawut, a promis dimanche de "former le gouvernement du peuple", anticipant une victoire de son camp.
- Déjà-vu -
Mais l'éventualité d'une alliance contre lui a des airs de déjà-vu.
En 2023, le prédécesseur du Parti du peuple, Move Forward, avait créé la surprise en remportant les législatives. Mais son candidat avait été écarté du poste de Premier ministre, avant que la formation ne soit dissoute. Le Pheu Thai avait alors formé une coalition avec le Bhumjaithai, et placé deux chefs de gouvernement issus de ses rangs.
Destituée par la Cour constitutionnelle l'an dernier pour des propos jugés trop conciliants envers Hun Sen, l'ex-Premier ministre cambodgien, la seconde, Paetongtarn Shinawatra, fille de Thaksin, a été remplacée par Anutin, troisième Premier ministre en deux ans.
A 59 ans, ce riche héritier d'une famille qui a fait fortune dans le BTP a su manoeuvrer au gré d'alliances mouvantes ces deux dernières décennies pour collectionner les postes ministériels avant de prendre la tête du gouvernement.
Le score du Pheu Thai s'annonce crucial: la formation de la figure dominante de la politique thaïlandaise depuis le début du siècle, Thaksin Shinawatra, espère minimiser son déclin et s'imposer en partenaire indispensable de toute coalition.
"Aujourd'hui, la Thaïlande doit changer, votre voix compte, donc je voudrais inviter chacun de vous à venir voter", a déclaré devant des journalistes à Bangkok le neveu de Thaksin, Yodchanan Wongsawat, prétendant au poste de Premier ministre issu du Pheu Thai.
Un référendum également organisé dimanche doit permettre aux électeurs de se prononcer sur le principe d'une réforme constitutionnelle, mais aucune mesure spécifique n'est proposée.
Depuis la fin de la monarchie absolue en 1932, le royaume a connu une douzaine de coups d'Etat militaires ainsi que des dissolutions de partis et destitutions régulières de Premiers ministres par la Cour constitutionnelle.
La Constitution héritée du dernier coup d'Etat, en 2014, suivi de cinq années de régime militaire, accorde un pouvoir considérable à des institutions conservatrices comme la Cour constitutionnelle, qui contraignent la vie démocratique.