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Le président bolivien Rodrigo Paz a présenté mercredi un projet de loi visant à renforcer le rôle de l'armée face aux manifestations et barrages routiers qui asphyxient le pays et alimentent l'exaspération d'une partie de la population.
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Le chef de l'Etat est confronté depuis plus d'un mois à un mouvement de contestation mené par des paysans, ouvriers, mineurs, transporteurs et enseignants, qui, après avoir réclamé des solutions à la grave crise économique que traverse le pays, exigent désormais sa démission.
"Moi, à sa place, je prendrais ma valise et je partirais. En tant que Boliviens, on est en train de nous tuer", a déclaré à l'AFP Elvira Laura Quispe, au milieu d'une cohue de centaines de personnes à La Paz.
Des centaines d'habitants patientaient depuis midi pour acheter du poulet distribué par la municipalité de La Paz, épicentre des pénuries.
Les barrages routiers ont provoqué de graves pénuries, notamment à La Paz, siège du gouvernement, et dans la ville voisine d'El Alto. Selon le gouvernement, sept personnes sont mortes faute d'avoir pu recevoir des soins médicaux à temps.
Le président a réitéré mercredi ses appels au dialogue, mais semble également ouvrir la voie à une intervention de l'armée pour lever les barrages routiers, une opération qu'il a qualifiée d'"humanitaire".
Lors d'une cérémonie de présentation de son nouveau ministre de la Défense, Ernesto Justiniano, il a indiqué avoir transmis au Parlement un projet de loi visant à encadrer l'état d'exception, une mesure qu'il se prépare à décréter face à l'aggravation de la crise.
- "Il y aura des morts" -
"Si tout va mal, nous allons tous mal (...). Je pense qu'il serait temps de décréter un état d'exception. Les manifestations, ça suffit", a déclaré à l'AFP à La Paz la styliste Olga Villanueva, 33 ans.
Le projet de loi vise à "renforcer, dans ce cas précis, l'action de nos forces armées", a expliqué M. Paz.
"L'état d'exception serait pire. Il y aura des morts, les gens seront en colère. Beaucoup de choses peuvent arriver. Aujourd'hui, c'est le moment du dialogue", a au contraire estimé Agustin Calcinas, un commerçant de 43 ans.
Le Parlement a abrogé la semaine dernière une loi qui obligeait le président à obtenir son approbation pour décréter un état d'exception, une mesure qui lui permettrait de restreindre les libertés de réunion et de circulation.
Dans certains quartiers de La Paz, les ordures s'accumulent tandis que de longues files de véhicules se forment devant les stations-service. Certains automobilistes passent même la nuit sous des tentes pour conserver leur place, alors que les températures descendent sous zéro degré la nuit.
Les hôpitaux sont également sous pression. Mardi, le gouvernement régional de La Paz a déclaré l'état d'urgence sanitaire dans ses centres de santé, donnant la priorité aux cas les plus graves et aux urgences.
D'autres régions du pays andin sont elles aussi affectées, alors que près d'une centaine de blocages étaient recensés mercredi dans tout le pays, selon les autorités.
"Ce gouvernement est incompétent. Nous en sommes à 34 jours de barrages et toujours aucune solution. Le secteur productif est en train de mourir", a déclaré Hugo Calvo Catalan, l'un des nombreux éleveurs laitiers qui ont manifesté à Cochabamba, ville du centre du pays.
Le gouvernement de Rodrigo Paz, en fonctions depuis six mois, accuse l'ancien président socialiste Evo Morales (2006-2019), visé par un mandat d'arrêt dans une affaire de traite présumée d'une mineure, d'être l'instigateur du mouvement.