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Les forces gouvernementales et l'opposition se sont affrontées dans d'intenses combats mercredi soir à jeudi matin à Mogadiscio, aggravant la crise politique qui sévit dans ce pays pauvre et instable depuis des décennies.
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Le pouvoir a fait passer en mars une réforme constitutionnelle instaurant l'élection au suffrage universel des parlementaires et portant de quatre à cinq ans les mandats présidentiel et législatifs.
Alors que le camp présidentiel estime que le chef de l'Etat Hassan Sheikh Mohamud voit son mandat automatiquement prolongé d'un an, l'opposition dénonce une réforme artificielle permettant à celui-ci de s'accrocher au pouvoir.
Des nuages de fumée liés aux combat s'élevaient dans Mogadiscio jeudi matin. Le bruit des armes s'est interrompu vers 9H30 (6H30 GMT), a constaté l'AFP.
Des négociations sont en cours entre gouvernement et opposition, ont expliqué des membres des deux camps.
De brefs échanges de tirs étaient déjà survenus mercredi après-midi dans la capitale entre des forces loyales à l'opposition et la police, en amont d'une manifestation contre le président Mohamud prévue jeudi matin - dont la tenue s'annonce désormais hautement improbable.
"Hassan Sheikh Mohamud mène un assaut militaire soutenu et indiscriminé, avec comme objectif apparent de me tuer, ainsi que l'ancien président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed (...) et d'autres dirigeants politiques à Mogadiscio", a dénoncé sur X l'ex-Premier ministre somalien Hassan Ali Khaire, qui s'était déjà dit attaqué par des forces gouvernementales mercredi.
- Escalade -
Des "armes lourdes" sont déployées contre l'opposition, notamment des "armes antichars, des drones et d'autres moyens militaires", a-t-il déploré, appelant les forces de sécurité à désobéir aux ordres "illégaux" du chef de l'Etat.
Le président Mohamud "nous a attaqués à nos domiciles", a critiqué l'ancien président Sharif Sheikh Ahmed lors d'une conférence de presse mercredi soir. "Nous ne serons pas intimidés par ces agressions et nous nous défendrons si nécessaire", a-t-il averti.
Plusieurs témoins ont fait état de coups de feu nourris près des domiciles de MM. Khaire et Ahmed.
"Nous n'avons pas dormi de la nuit à cause des coups de feu sporadiques", a raconté l'un d'entre eux, Xalimo Salad, ajoutant avoir constaté "des échanges de tirs plus intenses" jeudi matin.
Aucun bilan humain de ces combats n'est pour l'instant disponible.
L'ambassade des Etats-Unis en Somalie a dénoncé sur X des violences "irresponsables", appelant les politiciens somaliens à "résoudre leurs différends de manière pacifique" car leurs actions immédiates "pourraient avoir des conséquences durables sur la sécurité, l'unité et l'avenir de la Somalie".
"Il ne semble pas que cela va se calmer", a observé une source diplomatique basée à Mogadiscio. "L'opposition n'a peut-être que cela comme moyen, l'envie des citoyens ordinaires de descendre dans la rue est faible. Leur arme, c'est donc l'escalade", a encore jugé cette source.
La Somalie est entrée mi-mai "dans une période de transition", a annoncé unilatéralement le gouvernement à la fin du mandat du président Mohamud, sans scrutin en vue pour élire un successeur, laissant craindre que le pays qui peine à sortir de décennies de chaos plonge à nouveau dans une spirale de violences.
Depuis 2012 et la fin de huit ans d'autorité "de transition", la Somalie, longtemps privée d'Etat central après la chute en 1991 du dictateur Siad Barre, est habituée aux élections reportées et aux mandats prolongés.
Des élections étaient prévues en juin, mais elles semblent plus qu'improbables.
Le pays est aux prises depuis près de 20 ans avec l'insurrection des islamistes shebab, liés à Al-Quaïda, qui contrôlent de vastes pans du territoire.