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L'avocat antisystème soutenu par les Etats-Unis, Abelardo de la Espriella, a remporté de peu le second tour de l'élection présidentielle en Colombie dimanche, faisant basculer très à droite le pays, sur la promesse de mater les groupes de armés liés au trafic de drogue.
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Avec plus de 99% des bureaux de vote ayant transmis leurs résultats, l'homme d'affaires novice en politique recueille 49,65% des voix, selon les résultats préliminaires, contre 48,71% pour son rival de gauche Ivan Cepeda, qui ne peut pas rattraper ce retard.
Quelque 41 millions d'électeurs étaient appelés à se rendre aux urnes pour ce scrutin décisif face à la résurgence de la violence des groupes armés.
Le millionnaire de 47 ans s'est présenté en "outsider" et en patriote.
Celui qui se fait appeler "Le Tigre" a connu une ascension fulgurante avec un discours virulent contre les guérillas et la gauche, au pouvoir pour la première fois de l'histoire de la Colombie avec le président sortant Gustavo Petro.
Face à lui, le sénateur Ivan Cepeda, 63 ans, a été porté par la popularité de son allié Gustavo Petro, notamment parmi les classes populaires reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté et les salaires plus élevés dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde.
Philosophe et défenseur des droits humains, M. Cepeda, devancé par son rival de droite dure lors du premier tour, a créé la surprise en parvenant à talonner son opposant lors du second tour.
La présidentielle a lieu dans un contexte tendu. La Colombie connaît une flambée de violence inédite depuis dix ans et la signature en 2016 de l'accord de paix avec la guérilla des Farc, avec des dirigeants communautaires menacés voire tués, des attentats à la bombe contre des civils et un prétendant à la présidence assassiné.
- Nervosité et espoirs -
Abelardo de la Espriella incarne le rejet de la figure de Gustavo Petro, que la Constitution empêche de briguer un second mandat, et une ligne dure face au crime organisé dans un pays qui est le premier producteur de cocaïne au monde.
Sa victoire "trace une voie de prospérité et de sécurité pour le pays", a réagi Samuel Gomez, directeur de collège de 39 ans, à Barranquilla.
Ivan Cepeda, fils d'un homme politique communiste assassiné par des policiers avec l'aide de paramilitaires, est de son côté un ardent défenseur des victimes du conflit armé colombien, vieux de six décennies.
Il a été l'un des artisans de la stratégie de "paix totale" du gouvernement Petro, qui a produit de maigres résultats. Le progressiste promettait d'approfondir les réformes sociales.
L'un de ses partisans, Santiago Galindo, s'est dit après les résultats "très nerveux" face à ce que le président élu de droite pourrait faire. "Je suis très inquiet pour la sécurité des classes les plus défavorisées, il va les utiliser dans une guerre qui (...) pourrait être évitée uniquement par le dialogue", a déclaré à l'AFP, les yeux humides, cet employé de banque à Bogota.
- "Solutions choc" -
Admirateur des présidents salvadorien Nayib Bukele, argentin Javier Milei et américain Donald Trump, le représentant de la droite dure a promis de faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris "de pain et d'eau", de bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien des Etats-Unis et d'Israël et de réduire de 40% l'appareil d'Etat.
Critiqué pour ses déclarations misogynes et homophobes et pour avoir défendu des paramilitaires et trafiquants de drogue, Abelardo de la Espriella soutient également le port d'armes et l'essor de la fracturation hydraulique.
Les relations avec Washington, allié historique de Bogota, ont été un autre marqueur de la campagne.
La Colombie devient le dernier pays latino-américain en date à passer à droite après l'Argentine, le Chili ou l'Equateur.