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Un flot continu de piétons et de véhicules a traversé librement la frontière entre l'Espagne et l'enclave britannique de Gibraltar mercredi matin, après l'entrée en vigueur à minuit de l'accord de libre circulation conclu entre Londres et Madrid.
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Quelques instants avant minuit, le chef du gouvernement de Gibraltar, Fabian Picardo, et trois de ses prédécesseurs, ont retiré les derniers morceaux de la clôture frontalière dans un geste symbolique marquant la fin des contrôles douaniers.
Passé minuit, une petite foule a pu passer librement de la ville espagnole de La Línea de la Concepción à Gibraltar, et inversement, et de nombreux passants bras tendus immortalisaient l'instant avec leur téléphone.
"Je me suis réveillée ce matin sans avoir à transporter une pièce d'identité", s'est réjoui María Jesus Walda, ingénieure civile de 34 ans, en entrant dans l'enclave britannique.
"C'est le changement principal. On verra bien comment cela évolue", a-t-elle ajouté.
Gibraltar, minuscule territoire britannique de près de 40.000 habitants, et doté d'une importante autonomie, situé à l'extrême sud de la péninsule ibérique, accueille chaque jour quelque 15.000 travailleurs espagnols, soit près de la moitié de sa main d'œuvre.
Auparavant, de longues files d'attente pouvaient se former au poste-frontière, au gré des tensions diplomatiques entre Madrid et Londres sur la souveraineté de ce territoire, conduisant l'Espagne à renforcer ses contrôles.
La frontière avait été totalement fermée par Franco en 1969, du temps de la dictature, après que Gibraltar eut voté massivement lors d'un référendum en faveur du maintien sous la souveraineté britannique, et n'avait rouvert en totalité qu'en 1985.
- "Changement drastique" -
"Pendant des décennies, la clôture (frontalière) a été exactement cela, une plaie ouverte pour les milliers de travailleurs qui la franchissaient chaque jour", a déclaré mercredi le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez lors d'une visite à La Línea de la Concepción.
Juste avant son discours, des ouvriers s'affairaient encore pour retirer les portes en métal à l'aide d'une grue, qui ont longtemps séparé l'Espagne de Gibraltar.
"Cela va être un changement drastique, pour le meilleur selon moi, car nous n'aurons plus à dépendre des files d'attente pour entrer et sortir", a dit à l'AFP Paul Cutthroat, un douanier de Gibraltar de 60 ans.
Si la plupart des travailleurs transfrontaliers de Gibraltar sont Espagnols, des dizaines de nationalités effectuent aussi régulièrement ce trajet, notamment les quelques 1.600 Britanniques résidant en Espagne, attirés par le coût du logement plus faible.
Mais certains habitants de Gibraltar s'inquiètent, eux, quant à la sécurité, maintenant que la clôture frontalière a disparu et que les contrôles douaniers ont été supprimés.
"Il va y avoir du changement, mais je ne pense pas que les choses vont s'améliorer", a ainsi estimé Elizabeth Pilot, une cuisinière de 34 ans.
- "Forteresse numérique" -
Le territoire va se doter de davantage de caméras de surveillance, de technologies de reconnaissance faciale et de caméras de lecture automatique des plaques d'immatriculation, a annoncé Fabian Picardo.
"Aujourd'hui, une forteresse n'a plus de portes. C'est une forteresse numérique et elle sera plus sûre qu'avant", a-t-il vanté au micro de la chaîne de télévision locale, GBC, ajoutant que les patrouilles de police à la frontière seraient renforcées.
L'accord, signé mardi à Bruxelles après des années de négociations difficiles dans la foulée des tensions entre Londres et Bruxelles après le Brexit, aligne Gibraltar sur les règles de libre circulation en vigueur dans l'espace Schengen.
Mais les voyageurs arrivant de l'extérieur de l'espace Schengen devront toujours se soumettre aux contrôles d'identité au port et à l'aéroport de Gibraltar.
En 2016, Gibraltar avait voté à 96% pour rester dans l'Union européenne lors du référendum sur le Brexit.
Londres et Madrid se disputent la souveraineté de ce petit territoire depuis que l'Espagne l'a cédé à la couronne britannique en 1713 dans le cadre du traité d'Utrecht.