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Le commandant en chef de l'armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, a mené certaines des opérations les plus éclatantes de Kiev lors de l'invasion russe avant d'entrer en conflit avec une frange plus jeune et réformatrice de l'armée.
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Son éventuel remplacement — qui est envisagé selon certains médias ukrainiens et internationaux — interviendrait alors que l'Ukraine est paradoxalement dans une position plus favorable: elle a freiné fortement l'avancée des troupes russes et mené récemment des vagues de frappes efficaces en Russie et en Ukraine occupée.
"Il est très dur mais un général d'armée se doit d'être dur", avait déclaré un haut responsable ukrainien à l'AFP après la nomination de M. Syrsky, en février 2024.
Face aux immenses pertes consenties sur le front, qui posent à Kiev de graves problèmes de recrutement, cette approche a fini par susciter l'exaspération.
L'éviction surprise, par le président Volodymyr Zelensky, du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov — nommé en début d'année pour moderniser l'armée — a déclenché des manifestations pour réclamer son retour et le renvoi de M. Syrsky.
Mykhaïlo Fedorov, 35 ans, issu du monde de la tech et n'ayant jamais servi dans l'armée, militait pour un recours massif aux nouvelles technologies pour décupler le potentiel des drones et réorganiser en profondeur les forces armées.
- "Aucune ambition politique" -
Pour le président Zelensky qui a la réputation de se méfier de ceux qui nourrissent des ambitions politiques, Oleksandre Syrsky, militaire de carrière d'une loyauté sans faille, apparaît comme un commandant qui ne lui fait pas d'ombre.
"Mon métier, c'est la guerre (...) Je n'ai aucune ambition politique. Je me consacre à la guerre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7", a écrit le général dans un article publié lundi.
Il se distingue en cela de son prédécesseur, le populaire Valeri Zaloujny, que Volodymyr Zelensky avait écarté en le nommant ambassadeur à Londres début 2024.
Oleksandre Syrsky "n'est pas un homme politique (...) il parle mal l'ukrainien et n'est pas à l'aise dans la communication publique", confirme auprès de l'AFP l'analyste ukrainien Anatoliï Oktiassiouk, du groupe de recherche KI.
"Il s'adapte toujours aux volontés de Zelensky", ajoute-t-il, en lui reprochant d'avoir "mis en place un système où l'initiative et l'indépendance sont étouffées, au profit de la promotion d'un cercle de généraux loyaux".
Après son éviction, M. Fedorov a accusé le général Syrsky d'avoir bloqué "toutes les initiatives" de son équipe.
Le commandant a rejeté ces accusations et appelé à régler ces questions à huis clos: "On gagne une guerre par un travail concret, pas par le spectacle médiatique qui l'entoure", a-t-il rétorqué.
- Formé à Moscou -
Oleksandre Syrsky est né en Russie soviétique, dans la région de Vladimir, en 1965. Comme l'essentiel des hauts-gradés de sa génération, il a fait ses études à l'école de commandement de l'Armée rouge à Moscou.
Dans les années 1980, il est déployé en Ukraine. A la chute de l'URSS, il décide de rejoindre les rangs de la nouvelle armée ukrainienne.
Trois décennies plus tard, ses parents et son frère vivent toujours en Russie. Lors de sa nomination en 2024, ce dernier avait déclaré à l'agence russe TASS qu'ils ne se parlaient plus depuis longtemps.
Discret sur sa vie privée, M. Syrsky est marié et père de deux fils, avait indiqué, également en 2024, un porte-parole de l'armée à l'AFP.
Depuis plus de deux ans, selon ses soutiens, il a empêché un effondrement du front en dépit d'une importante infériorité numérique et d'un manque de matériel face à l'armée du Kremlin.
Au début de l'invasion en 2022, il avait stoppé l'avancée russe vers Kiev, puis orchestré une contre-offensive victorieuse dans la région de Kharkiv (nord-est) avant de lancer, en août 2024, l'audacieuse attaque contre la région russe de Koursk, que le Kremlin a mis neuf mois à repousser.
La semaine dernière, son rival, Mykhaïlo Fedorov, tout en reconnaissant ces contributions, a toutefois estimé que "le système de commandement et de contrôle" avait évolué et qu'il fallait "nous adapter".
"Ce dont (Zelensky) a besoin, c'est d'une version plus jeune de Syrsky", estime l'analyste Volodymyr Fessenko auprès de l'AFP. "Quelqu'un de plus flexible, de plus communicatif et qui suscite davantage l'adhésion de la société. Mais une telle personne ne semble pas exister."
Plusieurs noms circulent néanmoins, notamment celui de l'actuel chef des forces interarmées, le populaire Mykhaïlo Drapaty, âgé de 43 ans.