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Des tentes ont été installées sur une place du centre de Madrid à l'issue d'une manifestation au cours de laquelle des milliers de personnes ont dénoncé l'expulsion d'une femme de 87 ans du logement qu'elle occupait depuis toujours.
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Les images de Maricarmen Abascal évacuée sur une civière de son appartement madrilène mercredi, après que la police a forcé sa porte, ont remis la crise du logement en Espagne sur le devant de la scène, à l'approche des élections législatives prévues en 2027.
Des milliers de personnes ont défilé samedi à Madrid pour protester contre l'expulsion de cette femme du logement qu'elle occupait depuis sept décennies, réclamant une meilleure protection pour les locataires.
Une fois le rassemblement terminé, un campement a été installé "spontanément" sur la Puerta del Sol — la place centrale d'où était partie la manifestation —, a indiqué le syndicat dans un communiqué appelant la population à s'y réunir.
"Nous n'en pouvons plus. Soit le système de location s'effondre, soit le gouvernement tombe", a-t-il ajouté sur X.
En traversant le centre de Madrid, les manifestants ont scandé des slogans et brandi des banderoles réclamant des mesures pour freiner la hausse des coûts du logement et rendre les expulsions plus difficiles.
Les autorités ont estimé la participation à environ 25.000 personnes, tandis que les organisateurs ont avancé le chiffre de 300.000 participants.
- "Nous n'en pouvons plus" -
Une douzaine de tentes ont été dressées sur la place, face au siège du gouvernement régional de Madrid, au milieu de milliers de manifestants et sous le regard de la police, selon un journaliste de l'AFP présent sur place.
Certains manifestants avaient apporté de la nourriture et de l'eau, laissant entendre qu'ils avaient l'intention de rester sur place.
En 2011, de jeunes manifestants frustrés par des perspectives économiques moroses et par la corruption ont occupé la place pendant trois semaines.
"Ce qui m'est arrivé ne doit plus arriver à d'autres", a déclaré Maricarmen Abascal depuis l'hôpital, où elle est soignée pour épuisement depuis son expulsion.
"Cela doit encourager les gens à se battre et à contribuer à changer les lois qui ont permis mon expulsion", a-t-elle ajouté dans la vidéo diffusée par le principal syndicat de locataires espagnol.
Mme Abascal a été contrainte de quitter l'appartement où elle vivait depuis 70 ans après qu'une société immobilière a racheté le bien et augmenté le loyer de 275%, le portant à 2.650 euros, selon le syndicat.
Pour Enrique Ortega de Miguel, graphiste de 38 ans vivant chez sa mère, le marché du logement en Espagne est "impossible". "C'est un combat pour trouver un logement abordable, et ensuite on vit dans la peur d'être expulsé", a-t-il dit à l'AFP lors de la manifestation.
"L'expulsion de Maricarmen a suscité l'indignation et marque un tournant", a fait valoir Alicia del Rio, porte-parole du Syndicat des locataires de Madrid, au début du cortège qui s'est achevé devant le Parlement.
Irene Lopez, ingénieure de 33 ans, a estimé que la situation était "devenue insoutenable". "Il y a des gens qui n'ont pas les moyens de vivre en ville: les loyers sont déconnectés des salaires", a-t-elle expliqué à l'AFP, qualifiant l'expulsion de Maricarmen de "goutte d'eau qui fait déborder le vase".
Pour Maricarmen Arnedo, retraitée de 76 ans, si les personnes âgées sont contraintes de quitter leur domicile, "les jeunes, eux, ne peuvent pas quitter le foyer de leurs parents". "Nous voulons que le prix des logements et les loyers baissent, car j'en ai assez de laver les caleçons de mon fils de 53 ans", dit-elle.
Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, qui s'était engagé à faire du logement une priorité gouvernementale, subit une pression croissante pour agir, alors que des manifestations régulières ont lieu dans toute l'Espagne depuis l'expulsion de Mme Abascal.
Lors du prochain conseil des ministres, son gouvernement devrait approuver un train de mesures surnommé le "décret Maricarmen", qui prévoit le renouvellement automatique des contrats de location et un renforcement des restrictions sur les expulsions.
Toutefois, il n'est pas certain que ces mesures soient adoptées par le Parlement, où le gouvernement de M. Sánchez ne dispose pas de la majorité.
Un projet de loi similaire avait été rejeté plus tôt cette année, bien que le cas de Mme Abascal ait accru la pression sur les partis politiques pour qu'ils agissent.