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De gigantesques manifestations pour le logement ont rassemblé samedi des dizaines de milliers de personnes à Madrid et dans d'autres villes espagnoles, après le rejet par le parlement des mesures du gouvernement de Pedro Sanchez, qui pourrait convoquer des élections anticipées afin de sortir de la crise.
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A Madrid, où depuis une semaine un campement rassemble une centaine de militants sur une place très touristique, plusieurs cortèges, marchant derrière une large banderole "Vers la grève générale", ont convergé en direction d'une autre vaste place du centre-ville. Quelque 70.000 personnes, selon les autorités, 500.000, selon le syndicat des locataires, ont défilé dans la capitale.
"Ce qui se respire dans les rues, c'est une nouvelle énergie (...) une énergie qui vient démontrer que huit jours de pouvoir populaire sont capables de faire bien plus que huit ans de gouvernement progressiste", a déclaré, dans une pique à l'adresse du gouvernement, Valeria Racu, une des porte-parole du syndicat de locataires à l'origine du mouvement, dans une déclaration transmise à la presse.
- "Un droit fondamental" -
Des centaines de personnes ont aussi défilé dans d'autres villes comme Palma de Majorque, Santander, Ségovie et Tolède, tandis qu'à Barcelone la manifestation a été suspendue à cause d'un orage.
Celle de Valence s'est achevée par des affrontements entre quelques manifestants et la police, dont neuf agents ont été légèrement blessés, tandis que cinq personnes ont été interpellées, selon la presse locale.
Dans la manifestation de Madrid, un libraire, Marcos Sainz, 26 ans, a expliqué à l'AFP qu'il vivait auparavant en colocation avec trois amis dans un appartement de trois pièces pour un loyer de 900 euros. Il a emménagé récemment dans un deux pièces à 1.000 euros. "Je me sens privilégié parce que je peux me le permettre."
Mais il continuera à protester, dit-il, "jusqu'à ce que quelqu'un ose réglementer" le marché. Sinon "nous allons tous devoir quitter Madrid et ça me fait de la peine, parce que je suis de Madrid".
"Nous vivons dans des conditions très précaires, écrasés par un système qui ne nous offre pas de conditions dignes. Et nous revendiquons un droit fondamental : avoir un logement décent, une stabilité et des conditions qui nous permettent de construire un projet de vie digne", abonde Javier, 31 ans, un installateur de panneaux photovoltaïques qui n'a pas souhaité donner son nom.
"Personnellement, en ce moment, je vis dans un appartement de 90 m2 avec trois autres personnes", explique-t-il. "Je consacre, comme la plupart d'entre nous, la moitié de mon salaire à une minuscule chambre."
"Ici, on peut voir clairement que nous sommes la majorité, et que les problèmes qui touchent la majorité ne semblent pas concerner nos +représentants+, entre guillemets. Ils ne s'y intéressent pas et ne prennent aucune mesure", fustige-t-il.
Ces manifestations, prévues avant le rejet vendredi par les députés des mesures portées par le gouvernement, s'inscrivent dans le cadre de la crise déclenchée il y a une dizaine de jours par l'expulsion de son appartement madrilène d'une octogénaire, devenue le symbole de la crise du logement qui frappe l'Espagne depuis plusieurs années.
- La "vraie politique" -
"C'est maintenant que commence la vraie politique, la politique qui a toujours appartenu au peuple et qui revient une bonne fois pour toutes dans les rues", a estimé Valeria Racu.
Le rejet des textes du gouvernement, qui prévoyaient notamment de suspendre jusqu'en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, des mesures contre les fonds dits "vautours", ou le renouvellement automatique des baux, a relancé les interrogations sur la fin de la législature, prévue en 2027.
D'après la presse espagnole, le Premier ministre s'est donné quelques jours pour évaluer la situation et convoquer, ou non, d'éventuelles élections anticipées.
Le chef de l'opposition de droite, Alberto Nuñez Feijoo, a appelé samedi Pedro Sanchez à cesser de "feinter" avec le scrutin et de le convoquer "parce que (le) pays n'en peut plus".
Comme dans de nombreuses capitales européennes, le manque de logements abordables est l'un des principaux problèmes sociaux en Espagne, où les plateformes touristiques comme Airbnb et les fonds d'investissement sont accusés de faire flamber les prix en achetant des biens immobiliers et en réduisant l'offre pour les habitants.